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STAGES 8 / 9 / 9bis - SAINT NAZAIRE / BREST - BREST / SAINT MALO / SAINT MALO - SAINT MALO
 

Fondation Belem


Les mots soulignés ont des liens directs sur le lexique où des pages photos du site.
Bonne lecture !

NB : RETROUVEREZ LES PHOTOGRAPHIES DU CARNET DE BORD CLIQUEZ ICI

Saint Nazaire - Brest
(Mouillage Ouessant)
du 14 au 17 mai


Brest - Saint Malo
(Mouillage Chausey)
du 18 au 21 mai


Saint Malo - Saint Malo
(Mouillage Chausey)
du 22 au 23 mai

Récits du Commandant
Eric Saint Plancat

Jeudi 13 mai
Vendredi 14 mai
Samedi 15 mai
Dimanche 16 mai
Lundi 17 mai
Mardi 18 mai
Mercredi 19 mai
Jeudi 20 mai
Vendredi 21 mai
Samedi 22 mai
Dimanche 23 mai
Lundi 24 mai

 

Journée à Saint Nazaire en attendant l'embarquement à 22 h 00
1er stage ..........Départ de Saint Nazaire - navigation sous voiles
1er stage ..........Manoeuvres - navigation sous voiles
1er stage ......... Passage du Raz de Sein en marche arrière ! Mouillage à Ouessant
1er stage...........Ouessant - Brest (fin de stage 16 h 00)
2ème stage ...... Départ de Brest - panne d'un radar
2ème stage...... .Le Belem en pleine brume - pêche miraculeuse de maquereaux
2ème stage........Mouillage à Chausey - Rencontre avec les Bisquines
2ème stage........Navigation sous voiles jusqu'à Saint Malo
3ème stage....... Avarie de barre - Mer agitée - Mouillage à Chausey
3ème stage....... Chausey - Saint Malo manoeuvres sous voiles - Fête à bord
Débarquement 09 h 00 / retour sur Paris

   

Jeudi 13 mai 2004

 



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Voilà c'est le jour J ! Ce soir à 22 h 00, j'embarque sur le Trois Mâts Belem pour une navigation d'une dizaine de jours... En fait 3 stages consécutifs. Pour une première est-ce un choix judicieux ? Je n'en sais encore rien, mais j'ai déjà l'impression que le temps va passer à trop vive allure...Et puis ce moment je l'attends depuis tellement longtemps qu'il est totalement exclu que je sois déçue... et cela j'en suis intimement persuadée.
Je ne ressens pas vraiment d'appréhension à quelques heures de l'aventure... juste un sentiment fébrile d'excitation : je vais tout de même réaliser un rêve qui m'est cher et qu'il y a un an encore me semblait inaccessible, réservé à une élite ... à des " voileux " purs et durs ! Mon expérience à moi est quasi nulle voire inexistante... à si peut être un souvenir de navigation en Optimist quand j'avais 14 ans qui s'apparentait plus à un mouillage faute de vent... bon j'avoue c'était sur le lac Kir de Dijon ! même pas un vrai lac juste une retenue d'eau artificielle ... vraiment pas de quoi se vanter ! ;o)
Mais alors pourquoi cet élan soudain pour embarquer sur un gréement ancien ? Tout simplement parce que la voile traditionnelle m'a toujours émerveillée de par la technique de navigation, les récits d'antan et surtout la beauté des gréements, des mâtures sous voiles qui n'ont aucune concurrence esthétique sur l'eau. Pour moi les seuls vrais bateaux sont ceux pourvus de gréements et de voiles... et puis je crois aussi que l'attraction de la mer et des océans sévit sur chacun de nous...

J'ai décidé de garder une traçabilité écrite de cette aventure ... tout simplement parce que les notes sont immuables avec le temps, qu'elles conservent les souvenirs aussi bien que les images... et puis que leur relecture est toujours un bonheur immense et aussi un vecteur de communication, de partage d'émotions... une petite partie de soi dévoilée pudiquement.
Je m'attacherai donc précautionneusement et avec une rigueur quotidienne de coucher quelques lignes sur mon petit carnet bleu à spirales... le tout sans prétention car loin de moi l'idée de faire le best-seller de l'été ! Non tout simplement emmagasiner le maximum de souvenirs, d'images, qui mis bout à bout auront la cohérence d'un récit de navigation... j'espère pas trop ennuyeux mais surtout abordable pour les non initiés car de toute façon j'ai encore beaucoup d'apprentissage technique devant moi.

En route ! et bonne lecture pour les plus courageux qui arriveront au bout ... je pense être bavarde, le sujet m'inspire alors il ne pourra en être autre ...

14 h 00 - La plage de Saint Nazaire est inondée de soleil. Le vent souffle des terres vers le large, chassant enfin les abondants nuages qui m'ont fait enfiler ma veste de quart depuis un bon moment déjà. J'imagine qu'en pleine mer cela doit souffler pas mal.
Il ne se passe vraiment pas grand chose sur cette plage, tout au plus quelques retraités flânants au bord de l'eau... Encore 8 longues heures interminables à attendre !
J'avais dans ma logistique prévue d'arrivée vers 20 h 00 ce soir par le train... mais une grève de cheminots annoncée depuis deux semaines a perturbé mes plans, ajoutant une bonne dose de stress et d'énervement. J'ai donc pris la sage décision de venir sur Saint Nazaire la veille d'embarquer.

Je suis descendue sur le front de mer sur le coup des 11 h avec tout mon barda, lourd de surcroît... Et sur l'horizon gris acier, je l'ai aperçu ! Aussi petite soit-elle au large sa silhouette ne trompe pas ... Le Belem a ensuite disparu vers les 12 h 30...

Je gagne le phare "Ouest" au bout de la jetée... des pêcheurs s'activent avec leurs lignes... l'un d'eux, l'âge avancé et buriné par le soleil, me voyant l'appareil photo en main me dit d'un air consterné "mademoiselle, vous l'avez raté de peu ! il est au large maintenant et il ne reviendra pas !" ... Je lui souris et lui réponds que le Belem revient en fin d'après-midi pour mettre cap sur Brest le lendemain... Il n'a pas l'air de me croire et appuie que le Belem est parti ce matin pour Vigo en Galice... Je n'ai pas envie de le contrarier, je lui souhaite une bonne journée et regagne le front de mer où je jette mon dévolu sur un banc entouré de plusieurs monuments et plaques commémoratives : "En honneur à ces courageux Français et Françaises qui risquant leur vie et leur liberté, se levèrent pour nous aider de leur propre volonté le 28 mars 1942."
Le canon du destroyer Campbeltown est posé sur une pyramide de granit juste derrière moi. Il percuta le caisson sud de la Forme Joubert, commando anglais du 28 mars 1942.

14 h 37 - les aiguilles de ma montre se battent en duel pour faire du surplace !

La mer s'est teintée d'un gris plus prononcé permettant à l'horizon de se découper plus aisément sur le ciel.
J'occupe mon temps à griffonner sur ce fichu carnet, à ce rythme les 180 pages vont y passer ! Je n'ai pas emporté de livres jugeant mon sac déjà assez lourd. Et puis, de toute façon je préfère occuper les moments libres sur le Belem à prendre des notes et des photos.
15 h 27 - ...Je crois bien qu'il danse sur l'horizon ! ... Tantôt de profil, tantôt de face... à peine perceptible... oui le Belem manoeuvre au large et semble faire des virements de bord pour regagner le port.
15 h 46 - Il se rapproche, sûrement au moteur au vu de la vitesse de déplacement. Une occasion à ne pas rater : se rendre de nouveau au bout de la jetée au niveau du phare pour mes premières photos de mon sujet de prédilection ! La jetée est longue, le sac est lourd ... le temps de fixer l'objectif sur l'EOS 300D et nous contournons le phare en même temps, moi par la terre ferme et lui par la mer... clics ! 4 photos dans la boîte à images !! Le voir aussi proche commence à donner toute une dimension à mes futurs stages...j'affiche un sourire radieux de contentement.

J'occupe mes dernières heures interminables à passer quelques coups de téléphone et à en recevoir au point de décharger complètement ma batterie... J'avale un sandwich sur le pouce ...

20 h 45 - Je commence à gagner le port de commerce...La mâture du Belem est visible tout au fond du bassin ...Je m'arrête quelques instants pour voir le Sous Marin Espadon qui le moins que l'on puisse dire n'invite pas à la rêverie : sa coque émergeante est tapissée de fiantes de pigeons… l'endroit est glauque, je ne m'attarde pas. Dommage que la plate-forme panoramique soit fermée à cette heure-ci par contre.
J'arrive sur le quai face au Belem... Pas grand monde sur le parking,... des voitures viennent, s'arrêtent 5 minutes et repartent... Le Belem intrigue, impressionne, subjugue...
Je vais m'asseoir un peu en retrait vu que j'ai presque une bonne heure d'avance... et j'ai ainsi à loisir le temps de scruter toute la mâture. Je me serre dans ma veste, il ne fait pas chaud ce soir.

Une voiture vient se garer à ma hauteur. Visiblement, il s'agit d'une stagiaire comme moi... Bingo... Présentations... Anne repart déposer la voiture de location à la gare pendant que je garde ses bagages... En 20 minutes à peine elle est de retour. On discute en attendant 22 h 00, l'heure d'embarquement prévu sur le contrat de stage . Toujours personne d'autre sur le parking... Pour Anne comme pour moi, c'est notre premier stage à bord du Belem.

22 h 00 - Un matelot vient à notre rencontre pour nous inviter à monter à bord, on saisit nos sacs pour nous diriger vers la passerelle d'accès... L'émotion nous gagne ! ça y est on y est cette fois... On lance un bonsoir général aux matelots et officiers présents sur le pont avant de rentrer dans le Grand Roof pour les formalités d'arrivée. Un Officier (le Lieutenant Arnaud nous l'apprendrons plus tard), récupère nos contrats de stage et nous donne un petit carton numéroté qui définit notre bannette et notre tiers d'appartenance. J'ai le numéro 57 et je suis du premier tiers.

Un matelot nous conduit ensuite dans le faux pont où se situent les logements des stagiaires par modules de 12 bannettes, celui de l'avant tribord est réservé aux dames. Voilà maintenant il va nous falloir procéder méticuleusement à l'empilement de nos effets dans les caissons attenants à nos bannettes. Le rangement n'est pas grand mais en glissant le sac et les bottes à côté des brassières de sauvetage sous la bannette inférieure (la mienne donc) je m'en sors plutôt bien... et pourtant j'ai des effets pour 10 jours de stage.

Nous remontons sur le pont avec Anne. Les stagiaires commencent à arriver, le Grand Roof est plus animé...les ponts aussi. Mireille, une autre stagiaire nous rejoint. Mes 2 colocatrices sont supers sympas, cool ! ... Toutes les 2 ne font qu'un stage, je fais déjà des envieuses lorsque j'annonce que j'en enchaîne 3 consécutifs jusqu'au 23 mai... A ce moment là, un matelot me reprends en disant "non c'est jusqu'au 22" ... ah ? je me serai trompée ? non non je suis sure de mes dates pourtant... Le matelot qui s'avère en fait être le Bosco, vérifie à son tour sur un planning dans la cuisine et effectivement le 3ème stage nous conduit au 23 mai… ouf rassurée.
On en profite pour lui demander combien nous serons de stagiaires à bord pour rallier Brest. Nous nous rendons dans le Grand Roof pour vérifier sur les listes : 29 stagiaires dont seulement 5 femmes… autant dire que nous pourrons prendre toutes nos aises dans le module.

Nous descendons toutes les 3 à quai pour voir la mâture éclairée par les gros projecteurs puissants disposés sur le pont ! Il a vraiment fière allure ce navire ! Une certaine fierté non contenue nous envahit et nous ne tarissons pas d'éloges sur le 3 mâts qui va nous faire vivre une aventure inoubliable.
Le bassin du port de Saint Nazaire par contre est vraiment très moche. Béton, grues, proximité des chantiers navals… Le paquebot MSC Opera, construit par Alstom est à quai en finition. Le dernier né des Chantiers Atlantiques fait office d'immeuble flottant massif sans aucun esthétisme...Un monstre d'inélégance. Il est même tout bancal... ça se trouve il va couler avant de partir ;o) ... Notre chauvinisme pour le Belem est sans pitié pour le MSC Opéra... désolée ;o) …on a quelques idées préconçues sur le fleuron de la navigation, la vraie…

Il est minuit passé, tous les autres stagiaires ont déjà disparus dans le faux pont que nous sommes encore toutes les 3 à discuter sur le pont, et oui c'est bavard des filles... visiblement le sommeil à du mal à nous gagner ... nous descendons tout de même rejoindre notre module. Mireille a aussi une bannette à l'avant du module et fait partie du premier tiers comme moi... Anne quant à elle est du troisième.
Petit tour dans les sanitaires femmes… confort au rendez-vous… quelle classe… Je fais remarquer à mes 2 collègues, une carte coincée dans le miroir qui représente une bouche avec l'inscription " bla bla bla " … alors nous ne nous sommes pas trompées de sanitaires… cette note d'humour ne manque pas de nous faire sourire :o)

Je me cale confortablement dans ma bannette avec la couverture comme oreiller, mon sac de couchage est assez chaud pour me dispenser d'une épaisseur de plus.
Je reprends mon carnet de notes pour griffonner ces premières présentations avec le bateau et les stagiaires...

00 h 50 - Je vais tâcher de dormir... j'éteins ma veilleuse... des images déjà plein la tête et pressée d'être au matin de cette aventure qui nous attend... je n'arrive pas à trouver le sommeil, j'essais d'identifier tous les bruits que j'entends mais celui de la ventilation étouffe en partie tous les autres.

 

Vendredi 14 mai 2004

 


06 h 00 :
J'entends du bruit dans notre module… Ce sont les deux stagiaires qui manquent dans le module Delta qui viennent d'arriver : premier bonjour matinal à Géraldine et Emmanuelle.
Je suis réveillée depuis un petit moment… j'ai assez mal dormi bien que la bannette soit relativement confortable… L'aération a fait du bruit une bonne partie de la nuit, mais je crois surtout que c'est l'impatience de partir, de découvrir la vie à bord du Belem qui sont à l'origine de ma nuit agitée… j'ai du dormir par bribes, à un moment d'éveil je me suis posée une fraction de seconde la question " mais je suis où ? " :o)

06 h 15 : Premier petit déjeuner dans la batterie, … bols, confitures, pains et café sont installé par l'équipage puisque nous ne connaissons pas encore le fonctionnement des quarts et des services.
L'horaire normal du petit déjeuner a été avancé d'une heure. Une histoire de réparation de l'écluse qui précipite notre départ plus tôt que prévu.
Je croise les stagiaires dans le faux pont, embarqués eux aussi hier au soir… je salue Mireille et Anne avec qui j'ai déjà sympathisé …

07 h 00 : Nous allons tester le confort des cabines de douches… elles sont vraiment très fonctionnelles et très confortables… je m'amuse de voir des mains courantes fixées qui doivent cependant être bien utiles en cas de gîte en pleine mer surtout avec un sol savonné !

08 h 00 : Nous sommes tous réunis dans le Grand Roof pour notre première vraie prise de contact avec l'équipage. Le Commandant Eric Saint Plancat nous accueille et nous présente l'équipage ainsi que les modalités de bienvenue. On est tous surpris de voir un Commandant aussi jeune à la tête d'un navire comme le Belem (j'apprends par la suite qu'on doit avoir le même âge). Il laisse ensuite la place à Bernard Antoine, le Second Capitaine pour les consignes de sécurité à bord.
Nous écoutons tous religieusement les recommandations émaillées parfois d'éclats de rire provoqués par les notes d'humour qui ponctuent son discours.


On apprend ainsi qu'il n'y a pas de médecin à bord, que l'équipage s'est juste vu dispenser une formation de 7 jours, donc les médecins c'est eux et ils n'ont pas vraiment " de mode d'emploi pour réparer ".
Petit speech sur les mesures environnementales appliquées dans la marine marchande, le tri sélectif à bord, l'interdiction stricte de rejet par dessus bord même si Bernard nous précise qu'il préfère voir une peau de banane jetée à l'eau que de glisser dessus sur le pont :o)
Bref, nous sommes sur un navire classé monument historique, " le navire seulement, pas l'équipage " rajoute Bernard… il y a donc par conséquent un entretien quotidien pour le tenir en bon état de navigabilité et de propreté… là le système des tiers répartis en quart (très mathématique tout ça) nous est expliqué… les plannings de quart sont affichés dans le faux pont donc pas de panique ;o)
Nous montons ensuite sur le spardeck pour voir la sortie de l'écluse … et le départ réel par le chenal de Saint Nazaire.
Le temps est au beau fixe mais brumeux, la luminosité du matin renvoie des couleurs mordorées autour de nous, des chimiquiers et des cargos sont en mouillage d'attente au large… Il fait un peu frais mais la polaire suffit amplement… Les stagiaires font connaissance entre eux, disséminés en petits groupes sur le pont. C'est le début d'une aventure nouvelle qui commence pour nous

10 h 00 :
Premier contact avec le gréement courant (en fait tout ce qui concerne les manœuvres permettant de mouvoir les voiles) … Gwen, l'un des matelots gabiers instructeurs, nous montre comment lover les écoutes autour des cabillots, ces grosses chevilles, traversant les râteliers, et sur laquelle on tourne les manœuvres courantes pour les fixer.. Après 2 ou 3 écoutes lovées, le coup de main est déjà pris. On suit toutes les instructions du Bosco à la lettre pour affaler les voiles, ne sachant pas encore exactement le rôle de chacun de nos gestes. On réussit tout de même en peu de temps à couvrir les ponts de paquets de cordages, similitude flagrante avec des spaghettis entortillés dans une assiette… Je m'excuse de la comparaison de débutante avec un plat de nouilles. Voilà finalement on a de quoi mettre en pratique le cours de Gwen :o) … C'est même un plaisir de ranger le pont. Des écoutes bien lovées je trouve cela superbe. Je ne sais pas si je suis objective en fait car sur ce bateau tout me séduit :o)

12 h 00 :
La cloche du repas du second service retentit. Nous descendons à la batterie dans le faux pont… passage devant le tableau de bois pour décrocher notre mug numéroté avec le chiffre de notre bannette. Il nous sert de verre. En fait, ce système judicieux mis en place récemment permet d'éviter une consommation de gobelets en plastique à bord mais aussi de voir les gobelets partir en mer au moindre coup de vent lorsqu'ils sont oubliés par inattention sur le pont… une bonne mesure qui associe le pratique et l'écologie :o)


Ce midi nous avons au menu : - coquille au thon / côte de porc spaghetti (tiens j'en parlais plus haut) / plateau de fromages / - tartelette aux fraises. Pendant le repas, les moteurs sont remis en marche, le vent est quasi nul et nous faisions du sur place. On sent comme un léger roulis à table, c'est nouveau il faut s'adapter… j'avoue que ça me barbouille très légèrement, cette impression de monter et de descendre à la verticale… mais je ne ressens pas cela comme un mal de mer.

14 h 00 : Sur le côté tribord de la dunette, debout sur le zodiac, le matelot gabier Christophe vérifie la jauge … manque de bol le bouchon part à l'eau, il faut user d'un stratagème pour la refermer… la chose est réglée en peu de temps.
En fait, c'est la mise à l'eau du zodiac qui se prépare pour tourner autour du Belem et nous permettre de prendre des photos. J'ai le Canon G3 avec moi … parfait… je ne tente pas une sortie de l'EOS 300D … on ne sait jamais avec les embruns.
Je suis de la première " fournée " :o) , en plus on sert un peu de cobayes, le zodiac est tout neuf c'est sa première mise à l'eau… bah c'est étanche un zodiac non ? ;o) pas de quoi s'inquiéter… c'est plutôt conçu pour flotter à priori :o)
On enfile une brassière de sécurité obligatoire. Attention a bien passer les sangles dans les passants… La descente dans le zodiac la première fois paraît un peu périlleuse avec la gîte,
l'encombrement de la brassière et de l'appareil photo me rend un peu empotée :o)… disons que je n'ai pas spécialement envie de voir
l'appareil photo partir à l'eau… Nous partons à 6 stagiaires avec Charles au pilotage. Sensation grisante de surfer au ras de l'eau … nos regards ne quittent pas le Belem… j'ai comme l'impression que nous communiquons notre joie que par onomatopées et sourires béats d'émerveillement :o)
Charles éloigne l'embarcation à bonne distance pour que nous puissions faire des photos plein cadre… nous faisons pratiquement des sauts de puces avec le zodiac pour avoir le navire sous toutes ses coutures… Toutes voiles affalées il est splendide dans le soleil, on a là le plus beau 3 mâts sous nos yeux c'est une évidence !… On passe sous l'étrave avec le beaupré au-dessus de nos têtes… Le bateau nous semble plus imposant qu'une fois à son bord… Nous vivons et savourons pleinement un bon quart d'heure de bonheur intense autour de cette majestueuse embarcation :o)


… Nous voilà de nouveau le long de la coque noire près de l'échelle … une fois sur le pont les questions des autres stagiaires qui attendent leur tour, fusent : " alors ? " " C'est comment ? " … " Bah… c'est génial ! c'est grandiose ! waaouh !" mes réponses sont d'un vocabulaire affligeant en banalités :o) mais elles traduisent l'émerveillement ressentit…une impression d'être sur un petit nuage en plein rêve.


15 h 50 : Farniente sur le gaillard avant avec d'autres stagiaires… quelques photos…L'atmosphère fraîchit, vent faible, mer calme.

16 h 15 : La corne de brume retentit : 7 coups : 6 brefs + 1 long. C'est l'exercice d'abandon du navire planifié par le Second Capitaine…
évidemment le Belem ne coule pas … il a tenu 108 ans … il va bien durer encore quelques bonnes décennies ;o)…
Nous allons chercher nos brassières de sauvetage sous nos bannettes dans le faux pont… pour remonter au pied du grand mât sur le spardeck, lieu de rassemblement prévu en cas d'alerte… à la condition que celui-ci soit praticable bien évidemment.
Notre champ visuel proche n'a rien a envier à un champ de tulipes hollandaises :o) Très saillantes nos brassières orange fluo… Nous sommes mignons tout plein !
Nous avons droit à un cours de sécurité magistralement conduit par Bernard !
Tout est passé en revue, de l'utilisation de la brassière, au contenu des radeaux de survie, en passant par la réglementation stricte de la marine marchande, les consignes de navigation … etc…Quelques chiffres à l'appui nous étonnent… ainsi en 2003, 403 attaques de pirates ont été recensées en dehors des eaux d'Europe Occidentale et d'Amérique du Nord … On dénombre une recrudescence de 20 % par an … impressionnant… L'ère des pirates de nos lectures enfantines n'est donc pas révolue !
Bernard captive son assemblée et les pointes d'humour sont aussi légion…surtout lors de la description des rations de survie infâmes " testées pour vous " , des rustines fournies avec les hameçons, ou des pagaies ultra légères à disposition dans les radeaux de survie, histoire de ne pas matraquer sauvagement les Robinsons qui pourraient nous tenir compagnie en cas d'abandon du navire. Quant à un éventuel naufrage, il est bien évident qu'avec les moyens du bord : balises de positionnement, fusées de détresse, GPS… nous serions rapidement repérés …par l'hélicoptère de Paris-Match au bout d'un ¼ d'h et les photos seraient déjà sous presse lors de l'arrivée des secours 3 ou 4 heures après :o)

16 h 45 : Il nous faut brasser les voiles. La manoeuvre consiste à tirer sur les bras des vergues pour orienter les voiles dans le plan horizontal et mieux utiliser le vent.

17 h 20 : Nous retrouvons Bernard sur le spardeck, cette fois sans nos brassières (on y prend goût mais tout de même :o), pour un historique du navire pendant une petite heure. Je connais bien évidemment l'histoire du bateau comme tout bon stagiaire j'imagine, mais c'est toujours captivant de ressasser les moments historiques qui ont jalonné les décennies passées et puis raconté par un membre d'équipage et de surcroît assis sur le spardeck du Belem c'est autre chose que de le lire dans un livre :o) … C'est fou comme on peu du coup ressentir un sentiment d'affection prononcée pour quelque chose qui n'est pas humain, vivant… une part d'humilité face aux conditions de navigation de l'époque. Le Belem nous magnétise.

18 h 00 - 20 h 00 : je suis de quart sur la dunette. Nous faisons du 4 nœuds.

20 h 00 : Second service. Au menu : - charcuterie / pièce de saumon et riz / plateau de fromages (je m'abstiens) / - fruits (je picore quelques grains de raisin). Décidément, je dois être montée à l'envers…lorsque je mange je suis barbouillée et je n'ai pas faim… si c'est des symptômes du mal de mer c'est plutôt bizarre parce que normalement c'est l'inverse c'est le ventre vide qui le favorise, moi c'est quand je le remplis…Gilles, un autre stagiaire ressent lui aussi les mêmes symptômes… C'est vraiment dommage de ne pas pouvoir apprécier à leur juste valeur les repas concoctés par nos deux excellents cuisiniers ! … En venir à appréhender les repas c'est dingue alors qu'en journée tout va bien … J'espère que cela ne va pas se prolonger pendant mes 10 jours à bord. Du coup, après le service je file me coucher dans ma bannette… Je suis de quart de 04 h à 08 h, il faut que je me repose… c'est peu être aussi la fatigue qui joue… L'énervement d'avant le départ pour Saint Nazaire avec cette grève de train qui m'a fait partir un jour plus tôt, la nuit précédente où je n'ai pas vraiment trouvé le sommeil… bref je dois cumuler au grand maximum 9 h de sommeil en 48 h …

 

Samedi 15 mai 2004

 


04 h 00 :
mon premier quart de nuit !

J'ai dormi comme un bébé de 21 h 30 à minuit où j'ai entendu la relève de quart (néanmoins précautionneuse de faire le moins de bruit possible, mais j'ai le sommeil léger). Je me suis re-endormie jusqu'à 03 h 15 avec quelques moments d'éveils ... Mon quart débute à 04 h 00, j'ai donc 3/4 d'heure encore avant de monter sur le pont… impossible de dormir plus… J'ai hâte de prendre mon quart !
J'ai pris la précaution de préparer tous les vêtements adéquats pour cette première veille mémorable : jean + pantalon coupe vent, T-shirt + pull de laine + polaire + veste de quart, bonnet et grosses chaussettes que j'ai étalés sur la bannette supérieure inoccupée.

03 h 45, je commence à enfiler mes différentes épaisseurs isolantes dès l'appel du MGI (Matelot Gabier Instructeur). Je me sers une demi tasse de café chaud... marrant je n'ai pas pour habitude de boire du café de si bonne heure. Je fais surface sur le pont et gagne à tâtons la dunette à l'arrière, lieu de ralliement pour récupérer les instructions pour le déroulement du quart. Je n'allume pas ma lampe de poche... il faut éviter autant faire ce peut pour ne pas éblouir le personnel de quart et ne pas faire des signaux lumineux inutiles qui peuvent être perçus comme des appels de détresse... encore que c'est une petite lampe de poche et pas non plus un projecteur :o) Je monte l'échelle qui conduit sur la dunette et là je lève les yeux au ciel ... le spectacle est incroyable ! Des myriades d'étoiles qui scintillent, un ciel entièrement constellé accompagne le Belem qui file à près de 5 noeuds ! Je n'ai jamais vu de ciel aussi limpide ! Aucune pollution lumineuse ici ne vient s'interposer entre mer et ciel. j'ai donc souvent le nez en l'air pour savourer cette féerie :o)
Je passe ma première heure de quart sur la dunette avec deux collègues du même tiers et un membre de l'équipage, en l'occurrence l'officier Lieutenant Arnaud..

Le quart de 04 h 00 / 08 h 00 se découpe en fait en 3 heures, la quatrième coïncidant avec le petit déjeuner pour tout le monde dans la batterie... ce sera l'équipage qui prendra la relève pendant l'heure. Les 3 heures restantes sont découpées en 3 :
- une heure sur la dunette dont barrer le navire,
- une heure à la veille sur le gaillard avant pour signaler tous les feux de signalisation et les éventuels dangers,
- une heure sur le pont à disposition en cas de manoeuvres quelconques à effectuer.


Nous nous partageons l'heure à la barre, je la prends en second.
C'est plus physique que je le pensais : la barre résiste cela demande parfois un peu de force aidé par tout le poids du corps... rien à voir avec un roulement à billes bien huilé, mais quelle sensation grisante de tenir la barre du Belem et de s'attacher à garder le cap défini ! Je dois maintenir 335 NW puis passer à 345 NW.
Les étoiles bienveillantes nous accompagnent toujours et la faible clarté (il ne fait jamais réellement noir en fait) permet de distinguer les voiles déployées du navire.
C'est onirique et merveilleux... on glisse sur l'eau, on glisse dans le vent… on est dans un autre monde, celui des rêves.

05 h 00 : Roulement de quart. Passage sur le gaillard avant...sur le chemin, j'attrape 2 tranches de pain à la cuisine... elles sont un peu rassies je mets longtemps à les grignoter. Tout rejet à la mer est formellement interdit même du pain ! La législation maritime est stricte ... je m'en réjouis mais entre la théorie et la pratique je ne me fais pas d'illusion entre les pratiques maritimes (que ce soit la Marchande ou la Plaisance)... il y a les pollueurs qui agissent en tout impunité à longueur d'année.
On scrute l'horizon mais aucun feu de signalisation en vue... il fait déjà un peu plus clair. Le jour est entrain de se lever progressivement. Je fais un brin de causette avec mes deux charmants collègues de quart. André et Gérard sont Auvergnats, je n'ai donc pas trop de difficulté à parler de leur région que je connais bien. André d'ailleurs intrigué que je connaisse si bien le Bourbonnais m'interroge sur mes origines maternelles qui sont aussi auvergnates. Le nom de famille maternel ... et voilà que André me dit bien avoir connu mon grand-père et m'énumère les prénoms de ma tante et de ma mère !!! Nan il faut être en pleine nuit, en plein océan sur le Belem pour avoir une circonstance aussi insolite ! Gérard n'en peut plus de rire ... et André et moi en oublions un instant de surveiller l'horizon pour évoquer des souvenirs familiaux passés... de toute façon nous ne verrons aucun signal lumineux pendant notre veille cette nuit, trop loin des côtes (pas d'amers ni de bateaux de pêche à portée de vue). ... Finalement nous passerons même 2 heures sur le gaillard avant sans prendre l'heure à disposition sur le pont... On est vraiment bien à cet endroit... on surplombe l'étrave qui fend les vagues et projette l'écume des vagues ... le bruit de l'eau est un enchantement. On est bien souvent plié en deux sur la balustrade pour regarder gicler l'écume. Il fait frais mais couvert en conséquence c'est vraiment supportable et la beauté de l'instant balaie tout le reste.
L'horizon se pare de couleurs mauves et cuivrées sur l'horizon ... le dernier quartier de Lune est levé au-dessus de nos têtes...


Il est environ 06 h 30 lorsque José, un des matelots gabiers instructeurs nous rejoint ... Les sujets de discussion vont bon train :
- l'utilité des différentes poulies - les pavillons de complaisance et la législation maritime - ...
José en est à sa 6ème année sur le Belem.


07 h 10 :
nous descendons prendre un petit déjeuner dans la batterie. Assez frugal pour moi, un demi bol de café noir et une tranche de pain avec de la confiture d'abricot. Je mange ce que me dicte mon estomac et je n'ai pas trop envie de le défier. Bizarre ce sentiment d'être barbouillée dès que je ne suis pas au grand air et que je mange. Je vais m'allonger un quart d'heure mais rien n'y fait... je n'ai pourtant pas avalé grand chose… je n'aurai pas dû déjeuner.



08 h 00 - 09 h 00 :
c'est l'heure d'entretien quotidien du navire pour l'ensemble des stagiaires.
Le tiers ayant fait le quart de 04 h 00 / 08 h 00 est obligatoirement affecté à la propreté des sanitaires et de la batterie. Zut je ne serai pas au grand air sur le pont… je suis toujours un peu barbouillée.
Comme nous sommes que 5 filles embarquées et 2 dans le même tiers, nous nous partageons les sanitaires dames avec Mireille... Quentin de l'équipage vient gentiment nous prêter main forte pour les douches... je m'occupe des sanitaires et Mireille s'active avec le miror sur les poignées en cuivre... C'est sur le ménage irait beaucoup plus vite si tout l'ornement était en PVC :o) ... mais franchement ça aurait beaucoup moins de charme. Voilà tout est nickel chrome...
Anne passe nous prévenir que le Commandant doit faire un speech dans le grand roof mais sans savoir à quelle heure exactement.
Bah on se dit qu'on a le temps de prendre une petite douche quand même ...
En fait non... lorsqu'on débarque sur le pont vers 10 h 00, tout le monde est regroupé dans le grand roof ... pour une entrée discrète on repassera :o) oups... je me glisse par terre au milieu de la pièce... là où c'est sensé bouger le moins.
Le Commandant explique les différentes techniques de navigation... on a visiblement raté une bonne demi heure de cours théorique (je me rassure en me disant que j'aurai une séance de rattrapage lors du stage suivant). L'attention est dure à tenir ... le quart 04 h 00 / 08 h 00 se fait sentir... je baille à plusieurs reprises discrètement mais mes paupières sont lourdes... mais qu'est ce qu'il raconte le Commandant exactement ?... c'est dur pour moi, sa voix me berce, je lutte pour pas dormir.

Le côté trop technique pour l'instant et dont je n'ai aucune connaissance n'a pas raison de ma somnolence. Heureusement pour moi, le cours enchaîne sur une question de longitude - latitude - méridien -parallèle. Là ça va les cours de géo, je les ai toujours suivis avec assiduité pendant mes études et cela fait partie des bases acquises. Je suis un peu plus réveillée devant l'"orange" en quartiers dessinée sur le tableau blanc par Eric :o)

11 h 00 : nous n'avons pas vu passer l'heure ! Les deux cuistots eux si ! Personne ne s'est présenté aux cuisines. Ils viennent rappeler à l'ordre les deux stagiaires de service qui ne se sont pas présentés depuis dix minutes. Difficile d'interrompre le cours du Commandant tout de même.
Le cours théorique se termine donc. Je vais faire quelques photos sur le gaillard avant et sur la dunette en attendant le second service. Je jette un oeil dans la timonerie pour suivre notre progression. Elle s'avère excellente, nous nous positionnons au-dessous de l'archipel des Glénans. La nuit nous a permis de bien avancer visiblement.
L'équipage de service sur le pont décide de faire une petite blague à Pépé (le Chef Charpentier) qui doit venir prendre son quart. Pour l'instant il n'y a pas de vent et c'est l'homme invisible qui tient la barre. Deux bouts la maintiennent solidement attachée pour garder le cap, et un petit écriteau indique "En route au 345 ° ... Bon quart Pépé ..." :o)
Pépé arrive et l'attention le fait sourire... Côte à côte avec le Commandant…. Hop je les prend en photo.

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12 h 00 : la cloche du second service retentit... Personne ne se fait prier pour rejoindre la batterie ! On ne connaît jamais à l'avance le menu et c'est toujours les papilles en alerte que l'on attend de voir le contenu des petits plats mitonnés :o) Nos deux cuisiniers sont d'excellents cordons bleus.
Chacun décroche son mugs du panneau de bois et s'installe à table dans un joli brouhaha enjoué… le moment du repas s'effectue toujours dans une ambiance conviviale extraordinaire… La vie en communauté à du bon !

Nous avons au menu : avocat au crabe / gigot accompagné de flageolets et pommes dauphines / plateaux de fromage (je passe mon tour) / éclair au chocolat dont je retire la chantilly, en imitant Gilles qui lui aussi visiblement connait les mêmes perturbations que moi... Je crois que je n'ai jamais mangé aussi longuement que pendant ce repas !
Inutile de dire que je suis encore barbouillée... je vais m'allonger un petit quart d'heure dans ma bannette.




14 h 00 : une ascension dans la mâture est proposée à ceux qui veulent prendre un peu d'altitude.
Je suis partagée entre l'envie de grimper au niveau de la première hune et en même temps je ne connais pas mes réactions une fois sur les haubans... une certaine appréhension prend place et lutte avec cette envie d'essayer... Le problème c'est aussi que je ressens toujours ce léger barbouillement... Pas grave, le fait d'être à l'extérieur sur le pont va comme à l'accoutumée effacer ce problème. Je rentre dans le grand Roof en quête d'un harnais de sécurité... le genre de truc qu'on met forcément un temps fou à enfiler. Anne aussi a décidé de tenter une ascension... guidée par Charles, elle monte sous ses conseils en gardant toujours au minimum trois points d'appui. A ce niveau, les harnais ne servent pas à grand chose ... leur utilité sera pour le passage sur la vergue. Anne ne semble pas à son aise et redescend ... intérieurement cela n'aide pas à me rassurer... Subitement je ressens une soif immense qu'un quart de bouteille d'eau n'arrive pas à étancher. L'appréhension a définitivement pris l'ascendant sur l'envie d'essayer... je me dis qu'il est plus sage de renoncer pour cette fois... un peu déçue tout de même.


15 h 30 : Jean-Claude, l'Officier Mécanicien vient trouver notre petit groupe sur la dunette et nous propose une visite de la salle des machines. Nous ne nous faisons pas prier pour descendre dans l'antre du navire. Une lumière bleutée nous accueille... le réfléchissement des éclairages et des claires-voies sur les peintures. Le bruit des générateurs couvre nos voix et on doit tendre l'oreille pour écouter les commentaires de Jean-Claude. Entre le pont et la mâture et les entrailles du bateau nous avons l'impression d'avoir changer de monde. Cette visite nous impressionne.



Pendant que nous vaquons à notre visite, l'équipage s'active à l'entretien. Quentin, installé au pied du compas de relèvement, refait les vernis.
Un fois par an, le Belem refait peu neuve avec un décapage de l'ancien vernis et un nouveau vernissage... la météo se prête à l'activité, il faut en profiter. Ciel bleu, mer calme, pas de vent...



16 h 15 : Sébastien nous propose un cours sur le gréement. Ce cours fera office de séance de bronzage sur le spardeck au pied du grand mât, jusqu'au moment où le soleil disparait derrière une voile salvatrice. Nous sommes tous en t-shirt depuis le début d'après midi tant la température est élévée. Sébastien câle son tableau blanc sur le ratelier des écoutes du grand hunier fixe. En trois coups de crayons, les 22 voiles sont dessinées. Le fonctionnement des voiles à grands renforts d'explications, nous semble petit à petit plus familier.

18 h 00 : Le vent se lève... en peu de temps nous passons de 1,8 noeuds à 2,5 puis 3,8. L'atmosphère fraîchit et nous fait enfiler nos polaires.
L'après-midi s'étant transformée en visite et cours théorique, nous n'avons pas effectué notre quart de 15 h / 18 h... le Belem immobile sur le grand bleu, nous n'aurions pas servi à grand chose.
Je pars faire quelques photos sur le gaillard avant... 2ème jour et j'ai déjà rempli deux cartes numériques et déchargé une batterie.
Retour sur la dunette.
Un petit piaf vient se poser au pied des balustres pour se reposer... sa venue devient l'attraction de cette fin d'après-midi... On se prend d'affection pour cette petite boule de plumes, perdue au milieu de l'océan. Je tente une approche photo ... parfait il ne bouge pas.
L'occasion d'entâmer une conversation orientée ornithologie avec Jean-François dont c'est la passion.

19 h 50 : à l'approche du second repas, les stagiaires du premier service remontent du faux pont, le ventre repu et nous font étalage du menu gourmet servi : tomates en salade avec oeufs brouillés / canard confit avec jardinières de légumes, châtaignes et sauce à la crème / plateau de fromage / yaourth... c'est sur que cela met l'eau à la bouche... même avec mes appréhensions avant chaque repas.

Je crois qu'un miracle s'opère ! Pour une fois j'ai l'impression d'avoir faim pendant le repas...je reste vigilante et à l'écoute de ce que me dicte mon estomac... rien ... je ne ressens plus ce désagréable barbouillement qui me force à picorer comme un piaf, génial ! Il m'aura fallu un jour et demi pour m'acclimater. Je ne sais toujours pas si on peut qualifier cela de mal de mer étant donné qu'en journée tout va franchement très bien ! Bizarre, mais l'essentiel c'est que tout rentre dans l'ordre :o) quel soulagement tout de même... d'autant qu'il me reste 8 jours de stage.

Toilette rapide et direction ma bannette... je ne remonte pas sur le pont ce soir malgré le coucher de soleil qui commence à poindre à l'horizon. Je suis de quart cette nuit de minuit à 4 h... il est déjà 21 h.
Je prends le temps de remplir mon carnet ... mes notes sont rapides, j'ai déjà griffonné quelques lignes dans la journée.

21 h 30 : j'éteins ma veilleuse... il va falloir se réveiller à 23 h 45 !! C'est le cas de le dire cela va être dur d'avoir le compas dans l'oeil ! :o)

 

Dimanche 16 mai 2004

 


23 h 45 :
Appel du matelot - réveil assez facile après 2 h 15 de sommeil.
Comme le quart de nuit précédent, j'applique la technique des pelures d'oignons qui consistent à mettre le maximum de vêtements chauds et isolants.
Je rejoins la dunette arrière pour la prise d'instructions.
Le quart de 00 h / 04 h comme le créneau horaire l'indique dure 4 h (la veille le 04 h / 08 h faisait en fait 3 heures + l'heure du petit déjeuner à 07 h pour tout le monde).
Les 4 heures seront dont réparties comme suivant :
....- une heure sur la dunette dont barrer le navire,
....- une heure à la veille sur le gaillard avant pour signaler tous les feux de signalisation,
....- une heure sur le pont à disposition en cas de manoeuvres,.
....- la dernière heure est scindée en 3 plages de 20 minutes avec un roulement sur les 3 postes.
On ne change pas une équipe qui gagne :o) je choisis de rester avec mes 2 compagnons Auvergnats de la veille : André et Gérard.
00 h 30 : je relaie Gérard à la barre pendant une demi heure.

01 h 00 : direction le gaillard avant pour notre heure de veille. Le ciel est aussi féerique que la veille, plus encore peut être. Le phare de misaine semble nous regarder de toute sa hauteur, les voiles gonflées par le vent sont éclairées par le scintillement des étoiles, et semblent tutoyer le ciel.
Si le spectacle est au-dessus de nos têtes, un autre se manifeste à la surface de l'eau... nous sommes pris en sandwich entre un ciel constellé d'étoiles et un feu d'artifice luminescent à tribord de l'étrave.
En fait, le phénomène de bioluminescence est très répandu dans l'océan. Certains poissons hauturiers, ont la faculté d'émettre de la lumière dans divers des tons allant du bleu au vert ou bien le phénomène est dû à l'agitation du plancton luminescent causée par le passage rapide du poisson.
En tout cas c'est pour moi une première ! On se prend à penser que c'est peut être un banc de dauphins... Charles pense qu'il s'agit plutôt d'un banc de maquereaux... c'est moins poétique mais bon il a sûrement raison :o) . D'autant que le banc a un moment est vraiment impressionnant par sa quantité d'unités... Bien sur, on n'a pas le loisir de les compter mais à vu d'oeil la cinquantaine est largement dépassée.... superbes ces traits lumineux partant de l'étrave. On dirait des torpilles.

Le Belem est une estrade sur laquelle nous sommes d' heureux spectateurs... et ça vaut tout l'or du monde.
Nous traçons notre route cap 340- 350 NW. En localisation plus parlante, nous remontons actuellement vers le fameux Raz de Sein que nous passerons dans la journée. Il nous faudra une autorisation pour le franchir, à défaut nous le contournerons... Pas la peine de préciser que nous sommes tous enclins pour la première solution.

Bientôt 04 h 00, le quart est passé à une allure qui nous étonne nous-mêmes.

04 h 40 : j'éteins enfin ma veilleuse après avoir un peu rangé mes affaires, en pagaille sur la bannette supérieure, et écrit mes notes quotidiennes. Ne jamais remettre au lendemain la prise de notes au risque d'avoir des blancs dans le récit ... et puis là je tenais vraiment à écrire ce début de nuit magique avec des images féériques toutes fraiches plein la tête.... 02 h 20 de sommeil avant le petit déjeuner ! Houlà c'est pas sérieux !

07 h 00 : je commence par la douche qui ne parvient même pas à me réveiller.
07 h 20 : Café noir ce matin ! c'est une évidence ... le réveil matinal est difficile ... pareil pour les stagiaires du même quart. l'impression d'être dans le cirage n'est pas un euphémisme.

08 h 00 : Sébastien nous prépare l'activité de propreté du matin : chiffons et corbeilles de bidons de miror nous attendent sous le gaillard. Nous sommes préposés au fourbissage des cuivres à l'intérieur du Grand Roof : plaques diverses, lampes murales, charnier...il y a de quoi faire ! Allez j'attaque le charnier à l'aplomb de l'escalier à double rotation en acajou. Laurent arrive en retard et se voit proposer d'épousseter toutes les boiseries... le problème c'est que tout le Grand Roof est en bois :o)



Temps libre jusqu'à 11 h ... où je suis désignée au premier service avec Frédéric. Nous faisons des photos sur le gaillard avant... Un superbe monocoque remonte à tribord, crépitant sous nos objectifs.




10 h 45 : nous mettons le couvert dans la batterie avec Fred. C'est pas de bol, nous risquons de passer la Pointe du Raz pendant le repas ... mais après coup on se dit que d'être de service à un avantage : entre la montée des plats vides et la descente des plats on va pouvoir guetter notre progression ... Ce midi, c'est écrit d'avance cela va être le service le plus express du stage :o) ... on ne veut pas de restes ni dans les assiettes ni dans les plats... et surtout des convives rapides :o)

Au menu 4**** nous avons : coquilles St Jacques sauce au muscadet / pavé de boeuf - frites / plateau de fromage et charlotte au coulis de framboises dégusté sur le pouce ... limite dans le plat... à 11 h 30 tout le monde est sur le pont pour voir la Pointe du Raz et le non moins magnifique Phare de la Vieille... Nous redescendons débarrasser et remonter les plats pour faire la vaisselle. L'occasion de ce premier service pour faire plus ample connaissance avec Marcel et Patrick aux cuisines. Entre, le second service qui se prépare, les fours en marche, la vapeur du lave-vaisselle express... nous avons l'impression d'être en ébullition dans un sauna.



Dans l'après-midi, les courants nous jouent des tours... Le Belem toutes voiles dehors fait un passage du Raz de Sein des plus épiques !!! En marche arrière s'il vous plaît ! Une prouesse artistique à noter dans la liste des facéties à bord dejà commises par le Commandant :o)
Le moment est tellement insolite que nous cherchons comment immortaliser l'exploit : voilà nous positionnons Louis, notre doyen, à l'envers à la barre et Eric à l'endroit ... clic ! voilà une photo qui vaut de l'or ;o)
Maintenant cap sur Ouessant où nous ferons escale ce soir !!! Quelle journée magnifique décidément !



Eric nous donne un second cours de navigation technique dans le Grand Roof... Cette fois c'est une démonstration pour le traçage des points à l'aide de la règle de cras. En démonstration cela paraît évident... mais lors de l'exercice pratique où un volontaire doit essayer... personne se dévoue ... Anne a la bonne idée de me proposer (merci Anne !!). Eric me lance "Félicitations !" ... bon ben allons y ... heureusement c'est un exercice collectif on est tous penché sur la carte et avec force de persévérance (laborieuse tout de même) les points sont tracés et justes ouf !!! On enchaîne ensuite sur les virements de bord.
A l'approche de la Baie de Lampaul, il est temps de carguer les voiles. Eric emploie une expression qui nous amuse "On va replier les torchons.".

Sur le coup des 18 h 00, un sympathique punch nous attend dans le Grand Roof. Le Commandant fait le service en servant les dames.
Wow le breuvage est corsé ! Que du jus vitaminé précise Eric, oui oui ... on va dire ça :o) Houlà, les vitamines me rendent toute bizarre moi alors ...J'ai l'impression de rire tout le temps.. L'ambiance est des plus chaleureuse sur le pont babord... Séance de photos souvenirs d'un stage vraiment super ! On fait poser Louis, notre doyen, tantôt entouré des 5 filles du stage, tantôt avec Gwen le plus jeune matelot de l'équipage. Louis est devenu en un jour notre mascotte :o)



Ce soir en raison de l'escale à Lampaul, un seul service à table et tout le monde s'active pour aider.
Le repas est des plus animés... surtout Laurent qui nous épate en descendant pratiquement une tablette de beurre en entier... le punch produit des effets bizarres a priori.
Au menu : jambon cru / rôti de porc et coquillettes / plateau de fromages et fruits.


21 h 20 : Le zodiac est à l'eau après les deux services du soir. Géraldine, Emmanuelle, Mireille, Laurent, Frédéric et moi descendons dans l'embarcation ballottée le long de la coque... ça remue pas mal... on a pratiquement tous chaussés nos bottes en caoutchouc ce soir...
Nous partons bien encadrés par
les deux Lieutenants : Nicolas au pilotage et Arnaud muni de l'APN de l'équipage... Nicolas pousse les manettes à fond, le zodiac démarre en trombe et Arnaud s'en donne à cœur joie sur le déclencheur de l'APN, bien calé à l'avant ! Ah on va être beau en fond d'écran !
Ils nous ont bien eu ces deux là !!!... ;o) La traversée n'a rien de comparable non plus avec le tour du bateau en zodiac pour les prises de photos. Déjà nous ne sommes pas dans le même zodiac, celui-ci est plus grand, plus puissant et réservé aux escales. On a l'impression d'être un petit caillou jeté à la surface de l'eau et faisant des ricochets sans fin. C'est grisant ! On se cramponne comme on peut.
On passe à côté du bateau de la SNSM... avant d'accoster sur l'escalier glissant du port de Lampaul... j'agrippe fermement la main d'Arnaud qui m'aide à sortir du zodiac, manquerait plus de se retrouver à l'eau en glissant sur les algues vertes qui recouvrent les marches humides... La traversée en zodiac nous a bien secoué et c'est la première fois que l'on retrouve le plancher des vaches depuis
Saint-Nazaire... je devrais plutôt dire le plancher des moutons... qui sont légion sur Ouessant. Arnaud repart avec le zodiac, c'est lui qui est de quart ce soir.

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Et c'est parti pour une petite visite des lieux... sur les petites routes du Bourg de Lampaul... tout est calme... peu d'habitants, quelques jeunes passent à vélo... une ou deux voitures croisées somme toute.

Je crois que nous sommes tous heureux intérieurement et émus de fouler cette terre, c'est magique parce qu'au-delà d'Ouessant, il n'y a plus rien, sauf l'Amérique ! Une plaque au-dessus de la porte d'une maison indique "Finis Terrae"... l'occasion d'immortaliser le moment sur l'APN... Je prends Laurent et Emmanuelle devant, qui affichent un large sourire... moins souriante est la petite dame derrière ses rideaux... qui a du songer plusieurs fois à retirer la plaque sur sa maison pour éviter les attroupements de touristes devant ses fenêtres.

Je suis un peu à la traîne derrière car je veux prendre en photo notre petit groupe de dos, paré de couleurs pimpantes avec les bottes et cirés aux couleurs vives... Du rouge pour Géraldine et Nicolas, tout de jaune pour Laurent, vert pour Emmanuelle, beige pour Fred... Avec la luminosité du soleil couchant c'est un chatoiement de couleurs.

Nicolas aussi traîne à l'arrière arborant une mine réjouie devant l'écran numérique de son APN... il m'appelle pour me montrer l'objet de sa satisfaction qui n'est d'autres que nos mines déconfites prises par Arnaud quand le zodiac a " décollé ". Bon j'avoue effectivement que nos têtes incitent à la plaisanterie, dur de faire pire d'ailleurs... Au tour de Fred de s'apercevoir dans la petite lucarne... nos menaces amicales de chantage envers Nicolas pour qu'il efface les photos n'y changent rien, nous allons finir dans le best of comique des photos de stagiaires... mais nous en sommes fiers :o) ... et puis nous sommes au bout du monde alors nous sommes les plus heureux à l'heure qu'il est.
Nous arrivons au centre du bourg... l'église Notre-Dame-du-Bon-Voyage en granit, typiquement bretonne semble magnétiser les rayons du soleil et se couvrir d'or alors que toute la petite place est maintenue dans l'ombre. Nous continuons à déambuler dans les rues ... disons sur les petites routes sans voir réellement l'horizon, l'île mine de rien est vallonnée... le soleil est sur notre gauche et son incandescence faiblit... Je propose d'essayer de capturer le coucher de soleil sur la côte et la proposition est validée par l'ensemble du petit groupe ... nous bifurquons donc sur une petite route plus "campagnarde"... Mais l'île est plus vaste que nous le pensions, impossible de rallier la côte... la pénombre nous guète si nous poursuivons.

Nous re-birfurquons donc à gauche de sorte à réduire le périmètre en cercle autour du bourg et regagner ainsi la proximité du port. Un chemin herbeux de trèfle et de luzerne épaisse fait notre affaire et un petit rassemblement de moutons semble nous attendre... je dis bien semble... car la bête la plus âgée se montre peu enclin à des politesses respectives.. "Heu ? ... ça charge un mouton ?" me lance Nicolas… " bah, on verra bien… qui passe en premier, c'est bête Nicolas ta veste est rouge, c'est voyant ;o) " Finalement le petit groupe laineux reste impassible... Nicolas fait deux photos de jeunes moutons avec le Belem en arrière plan au mouillage dans la baie... une photo originale qu'on ne verra pas dans tous les albums.

Il m'arrive une tuile lorsque je veux à mon tour prendre une photo. Ma microdrive reste en rade et mon écran LCD affiche "Aucune photo" "Carte illisible". M----- ! C'est pas de chance ! J'ai peur d'avoir perdu tout le contenu de ma carte ! En plus c'est les photos du punch de fin d'après midi ! Ah non c'est vraiment pas de bol... j'affiche une mine déconfite... on est tous déçus d'autant qu'on avait vraiment fait des photos insolites : Le doyen du stage entouré des 5 filles stagiaires (une photo remake d'un feuilleton à l'américaine "Charly et ses drôles de dames" ça le faisait bien !), une autre avec toujours notre charmant doyen Louis, cette fois-ci posant avec Gwen le plus jeune matelot gabier instructeur...
Bon je ne peux plus rien faire pour le moment avec cette fichue carte... seul un programme Internet peut me récupérer mes photos, je verrais donc en rentrant. Mais outre les photos peu être perdues, je me retrouve avec 340 MB de mémoire en moins, je dois revoir la gestion de mes compacts flash... C'est beau la technique... enfin quand ça marche !
Nous regagnons les alentours du port par des sentiers de traverses côtiers qui nous font atterrir derrière le Bar Hôtel Restaurant "La Duchesse Anne" juste à l'aplomb de l'embarcadère... idéal pour aller prendre un pot... on aurait voulu le faire on aurait pas fait mieux :o)
L'endroit est déjà bien fréquenté par les autochtones locaux... un escalier en colimaçon ajouré donne à l'étage sur un petit salon... on s'installe sur les banquettes et les sortes de poufs en tissus autour des petites tables rondes que nous resserrons pour être tous ensemble. Laurent descend passer la commande au bar et il remonte avec le plateau offrant la tournée générale. Tiens ? Ils ne font pas le service à l'étage ici ?... Bières diverses pour Mireille, Géraldine, Laurent, Nicolas et Fred, Perrier pour Emmanuelle et Coca pour moi.... On discute de tout et de rien... Une bonne partie de l'équipage trouve refuge au comptoir peu après, José, Charles et Hervé semble t-il.... La pénombre prend place sur Ouessant. Nous quittons notre petit salon cosy suspendu en haut de l'escalier pour rejoindre le zodiac.

Arnaud est déjà là dans son ciré jaune aux bandes réfléchissantes... on enfile nos brassières, on se tasse dans le zodiac et Arnaud démarre... on file à bonne allure. Le Belem est illuminé par de gros projecteurs posés sur le spardeck... il est magnifique ainsi paré de lumière blanche. On dirait un bateau pirate. Je suis toujours autant fascinée, je ne me lasse pas de l'admirer…Arriver à vive allure en zodiac sur le Belem procure l'étrange sensation que nous allons le prendre à l'abordage :o) … mais avec nos mines réjouies de stagiaires pacifiques on ne risque pas l'émeute ni la mutinerie à bord :o) pas de danger.


On arrive le long de la coque, Laurent qui est à l'avant est désigné pour attraper le cordage et crocheter le mousqueton pour stabiliser l'embarcation... il n'attrape pas le bon bout ce qui fait que si nous voulons monter sur le pont nous devons faire 3 brasses dans l'eau noire et glacée. "Laurent, on est pas un peu court là ?!" (rires).. Hop re-manoeuvre, cette fois c'est la bonne.



Anne et Pascal sont déjà rentrés... ils discutent sur la dunette arrière un peu frigorifiés. Je change la carte défectueuse de mon APN pour faire une photo de la barre dont le bois vernis renvoie la lumière des projecteurs du meilleur effet. Je n'ai pas de trépied et les photos de nuit sont peine perdue dans ces cas là. Je cale donc l'appareil contre les balustres et positionne le déclencheur à 10'. Souffle coupé j'attends la fin du décompte. La photo est réussie ! Chouette elle me plaît bien !

On se réfugie dans la timonerie pour jeter un œil sur la carte maritime. Je sollicite Anne pour m'entraîner avec la règle de Cras à faire des points, mais nous décidons avant d'aller nous préparer un thé chaud dans la batterie. Arnaud lui repart récupérer les derniers "naufragés" sur l'île... le zodiac disparaît dans la nuit noire, la petite lampe fixée sur la tringle arrière me fait penser à une petite luciole qui se fraie un chemin en zigzagant dans le noir.



On s'installe au fond de la batterie, sous la toile représentant le Belem... sympa ce petit coin aux banquettes de cuir bleu confortables...

Pascal me rassure pour ma carte mémoire. On s'échange nos adresses mail et postale. Les esprits sont de bonne humeur et les blagues vont bon train... "Myriam, c'est quoi déjà ton site ??? ... www.grosse-barge.com ? c'est ça ??" "...pfffff comique va ... www.greements.com..."... on baisse d'un ton parce que d'autres dorment déjà... ma montre affiche 1 h 15 ! Le temps passe décidément trop vite, personne n'a envie de regagner sa bannette. Demain c'est déjà fini pour certains. Seul Frédéric et moi rempilons. Je n'ai pas non plus envie de les voir partir. Nous formions un bon groupe de 29 personnes fort sympathiques. J'ai vraiment l'impression d'avoir de bonnes affinités avec certains comme si l'on se connaissait depuis toujours... Embarqués sur le même bateau au sens propre comme au sens figuré... mais quel bateau tout de même !

Un gros bruit sourd résonne à l'arrière... on cherche un moment avant de comprendre que c'est le moteur treuil qui remonte le zodiac sur le spardeck. Si avec ça les chambrées ne se réveillent pas !
Bon cette fois, on se décide enfin à aller dormir quelques heures pour profiter pleinement de la dernière journée et de l'arrivée sur Brest...

Avec Anne, on abandonne l'idée du tracé de points à la timonerie, à une heure pareille c'est utopique !.

Un petit tour dans les sanitaires, un peu de rangement dans ma bannette (vite fait je balance tout ce qui traîne sur la bannette n° 58 inoccupée au-dessus de moi... vraiment pratique :o) … il va quand même falloir que je m'organise autrement si demain quelqu'un occupe la bannette du dessus.
Je me saucissonne dans mon sac de couchage et je griffonne comme à l'accoutumée le compte rendu de la journée sur mon carnet... c'est un peu plus long ce soir… je veux détailler le maximum de détail sur l'escale à Ouessant… les souvenirs arrivent à s'estomper … les écrits eux restent.
Hop j'éteins la veilleuse... assez pour ce soir... le sommeil me gagne rapidement… une bonne nuit de repos réparateur… l'avantage des soirs d'escales.

 

Lundi 17 mai 2004

 


06 h 50 :
Je suis réveillée par le bruit des bols et des petites cuillères qui dansent sur la table. Les stagiaires de service sont dynamiques ce matin.
07 h 00 :
Petit déjeuner - deux tartines de confiture et un bol de chocolat.
07 h 30 :
Je file sous la douche.


Cette nuit personne n'a été de quart (excepté l'équipage) pour cause de mouillage.
Pas d'entretien du navire non plus au programme. Nous devons relever l'ancre et manoeuvrer pour changer de bord et gagner le Goulet de Brest. Nous devons être ponctuels et arriver au port pour 16 heures.
Dans la batterie et les logements des stagiaires, on s'active à faire les bagages pour certains, d'autres préfèrent attendre le dernier moment et profitent des derniers instants à bord. Cela sent le départ proche et les regrets se lisent déjà sur les visages. Intérieurement, je suis vraiment contente d'avoir signé pour encore deux stages, j'essaie de ne pas le montrer aux autres par empathie envers eux, de toute façon je me sens déjà nostalgique à l'idée de perdre mes premiers compagnons de route et cela gâche un peu mon entrain aussi. On avait là une bonne équipe soudée et conviviale.

09 h 00 : Nous sommes tous sur le pont pour les manoeuvres.
Au loin, la silhouette de l'Etoile ou de la Belle Poule se devine sur l'horizon. Nous ne tardons pas à passer au large de la Pointe Saint Mathieu. Un endroit que j'affectionne particulièrement pour sa richesse architecturale d'époques différentes. Les photos sont difficiles par contre à la distance où nous sommes, tant pis je me résigne... Je déclenche par contre sur le Phare du Petit Minou. Les bâtiments de l'Armée foisonnent dans le goulet de Brest... le protocole veut que nous hissions le pavillon français trois fois de suite. L'autre bateau devant rendre la pareille ensuite... politesse oblige.

11 h 00 ou 12 h 00 : dernier déjeuner pour les stagiaires Saint Nazaire - Brest.
Patrick et Marcel nous ont encore gâtés !!
- Terrine de saumon
- Thon accompagné de ratatouille et de pommes sautées
- Plateau de fromages
- Crème-mousse aux fraises avec morceaux de fruits

Dans le Goulet de Brest nous croisons de nombreux navires de la Marine Nationale. Il faut se plier au protocole de hisser les couleurs du pavillon consécutivement 3 fois de suite... le bateau croisé devant à son tour exécuter la même manoeuvre.

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Nous prenons le Pilote côtier à l'entrée du chenal. Cette directive est imposée par certains ports pour des navires dépassant les 50 mètres. C'est donc le cas de Brest. La barre est abandonnée pour une navigation au pilotage automatique sur le toit de la timonerie avec Eric, Bernard et le pilote du port.

L'Abeille Flandre est à quai dans le port. Sa taille est plus imposante encore que je me l'imaginais. Ce bateau mythique impressionne et incite au respect.
16 h 05 : Nous ne pouvons pas être plus ponctuels : un léger battement de 5 minutes sur l'horaire préalablement fixé. Impressionnant!

L'heure des au revoir a sonné. Les visages ne cachent pas les regrets de fin de stage... Nous ne sommes que 2 à rempiler avec Frédéric mais le fait de voir partir nos compagnons de route laisse une petite ombre au tableau malgré notre immense joie de rester à bord.



En chemin, nous prenons un pot de l'amitié... à l'ombre sous un parasol, les mâts du Belem pour champ de vision sur le port. Mireille, Anne, Géraldine, Emmanuelle, Pascal, Laurent, Frédéric et moi composons notre petit groupe. Les sacs sont empilés sur le trottoir en un amoncellement impressionnant... André et Gérard nous rejoignent, nous faisant signe qu'ils peuvent entasser les sacs dans une voiture et les déposer à la gare ... il reste une place, Mireille monte avec eux... C'est vraiment sympa de leur part.
Nous gagnons la gare ... elle n'est pas loin mais les chemins grimpent, et les racourcis en escaliers sont de véritables casse-pattes pour nos courbatures :o) ... Chacun prend son train respectif... Fred et moi attendons que tout le monde soit parti en accompagnant les derniers sur le quai... Pendant ce temps là, Anne et Laurent sont partis en quête d'un hôtel à proximité de la gare, leur billet de retour étant pour le lendemain.

19 h 20 : nous nous retrouvons tous les 4 pour aller dîner dans une crêperie sur le port. Est-il besoin de préciser que nous passons un excellent moment de détente et d'humour à nous repasser le film de notre stage ? :o) Nous devons être un peu bruyants... le gérant du restaurant semble avoir compris que nous descendons du Belem... intrigué et curieux il vient aux nouvelles et nous fait part de son admiration pour le bateau. Deux personnes viennent occuper les tables voisines... à la vue de leurs bagages cela ne trompe pas ce sont 2 futurs stagiaires. Nous engageons un peu la conversation et ils restent à l'écoute de nos récits durant le reste du repas... Bon ça va ils ne s'enfuient pas en courant et visiblement notre bonne humeur est communicative... ponctuée de fous rires parfois jusqu'au larmes... un mélange de fatigue, d'émotions et de nervosité, arrosé par un kir celte et du cidre ... aidant sûrement :o)
Le gérant nous offre les cafés, sympa...

22 h 00 : nous regagnons le Belem qui est à 200 m à peine... Laurent et Anne nous promettent de passer une dernière fois demain matin pour voir le Belem quitter le port... on leur fait confiance ;o)

Les marées sont importantes... alors que vers 16 h ... nous avions descendu la passerelle d'accès pour aller sur le quai... là c'est l'inverse, il faut la descendre pour gagner le pont du Belem... d'ailleurs, c'est amusant de ne voir que les 3 mâts dépasser du quai... un dénivelé énorme tout de même avec une passerelle très pentue pour les stagiaires embarquant avec leur barda.

Nous rejoignons Nicolas et Gwen dans le Grand Roof... ils ont l'air un peu tendu ... il faut dire que c'est un peu le branlebas de combat à bord... le Belem est cette fois pris d'assaut par 48 stagiaires ! ça fait du monde ! Nous aussi avec Fred, cela nous angoisse un peu. Le jeudi de l'Ascension et les jrtts aidant, le stage est complet. Je vais chercher mon contrat de stage que je remets à Nicolas... Heureusement, on conserve notre bannette et du coup le même ordre de tiers et donc par conséquent, je serai de nouveau de service avec Fred :o) cool !

Je décide de descendre dans ma bannette et de rédiger mes notes avant de dormir ... Ma voisine du lit supérieur ne semble pas présente à l'embarquement ce soir... cela me laisse un petit répit.

23 h 40 ... j'essaie de dormir malgré le brouhaha incessant et les allers et venues dans le module. Gwen qui conduit les nouveaux arrivants à leur bannette demande à plusieurs reprises un peu moins de bruit pour ceux qui souhaitent dormir... merci Gwen... C'est vrai que je suis épuisée ce soir par cette journée riche en émotions. Je ne cache pas que j'ai une grosse amertume avec ce changement de compagnons de route... je m'en veux un peu d'ailleurs ce soir de n'avoir pas eu plus d'enthousiasme pour engager la conversation avec mes nouvelles colocatrices, exceptées 2 ou 3 qui me semblaient un peu perdues avec qui j'ai un peu discuté... Bah je me rattraperai demain promis...

 

Mardi 18 mai 2004

 

06 h 45 : je me lève pour prendre ma douche…

07 h 15 : la batterie est en effervescence autour du petit déjeuner… je suis un peu déboussolée de voir autant de monde… nous sommes au complet pour ce stage et la table n'est pas assez grande pour 48 stagiaires… j'attrape un demi bol de café et une tranche de pain, j'avale le tout debout en lisant les plannings des quarts… mauvaise idée c'est un lieu de passage trop fréquenté au petit déjeuner… un va et vient perpétuel entre les douches et les modules de logements.
Frédéric, le second " rescapé " du premier stage semble un peu désorienté aussi ce matin…

08 h 00 : Je monte sur le pont prendre un peu l'air… déjà un ciel bleu et un soleil prometteur… décidément nous avons les faveurs de la météo… L'activité dans le port est encore très calme.
Un petit groupe de filles fait connaissance sur le pont babord… je les salue, reconnaissant Agnès et Aude avec qui j'avais échangé quelques mots la veille au soir… L'inconnu et quelques appréhensions se lisent sur leur visage… c'est un peu comme si je tombais à point pour répondre à leurs questions. Je raconte donc un peu le déroulement du stage précédent avec enthousiasme… C'est presque sans voir le Commandant arriver à notre hauteur nous gratifiant d'un bonjour souriant et enchaînant sur " ah c'est bien que les anciens prennent notre relève pour expliquer aux nouveaux " …
On me demande " qui c'est ? " …je réponds amusée " bah c'est le Commandant ! " :o)
Nous montons au soleil sur le spardeck… que je n'ai jamais vu sous une telle affluence de stagiaires. Je rejoins Fred… on descend à quai pour discuter un peu plus au calme.
La livraison de pain arrive. Les quantités sont astronomiques, on aide à passer les gros sacs énormes entre le quai et l'échelle de pont… la commande semble faite pour un régiment !
Louis, notre charmant doyen du stage précédent est venu voir le bateau une dernière fois, nous allons le saluer.
José vient fermer les vannes d'eau douce sur le quai.

On voit arriver Laurent, qui vient nous dire au revoir une dernière fois après notre soirée crêpes avec Anne … qui elle aussi ne tarde pas à nous rejoindre pour disparaître sur le Belem …elle rejoint Arnaud à la timonerie en quête du cachet du bateau pour ses cartes postales.
Puis dernier au revoir, …un peu triste de les laisser tous les deux à quai…
Promis on garde le contact… on se donne des nouvelles…

09 h 30 : Le Commandant nous rassemble dans le grand roof pour le speech d'accueil et la présentation de l'équipage.
Avec Fred, nous laissons les stagiaires prendre place à l'intérieur et nous restons dans l'encadrement de la porte babord… finalement nous sommes trop bien en vue du Commandant qui nous interpelle amusé " Ah les redoublants, mais rentrez donc " ;o) zut on est repéré !

10 h 00 : Ponctuel, le Belem appareille… chaleureusement salué par un attroupement de familles et de badauds sur le quai.
On repart pour de nouveaux horizons, cap sur la Manche … pour une arrivée dans 3 jours et demi à Saint Malo, la cité corsaire !
On navigue de nouveau dans le Goulet de Brest que nous avons fait en sens inverse hier après midi… Passage très fréquenté par les navires de l'armée… il faut donc ne pas déroger au protocole du pavillon de nouveau ! Allez on se décide à la manœuvre avec Fred ! j'ai du oublié un instant la force de Fred … les écoutes me filent entre les mains comme un serpent brûlant pendant qu'il hisse le pavillon, … je hisse à mon tour… et ce 3 fois de suite… pas grave le principal étant de faire la manœuvre…

On passe de nouveau devant le phare du Petit Minou d'un blanc éclatant sous le soleil matinal.
La Pointe Saint Mathieu est en vue… le vent fraîchit à la croisée du Goulet de Brest et de l'Atlantique Nord… Petit tour sur le gaillard à l'avant. Gwen et Mao sont à la veille.

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..............................................Le Phare du Petit Minou.............................................................. Gwen et Mao à la veille


12 h 00 :
On emprunte le Chenal du Four, l'archipel de Molène à babord…
La cloche du second service retentit : à table !
Au menu ce midi : - bouchée à la reine,

...........................- pavé de bœuf, haricots verts et pommes sautées,
...........................- plateau de fromages,
...........................- mousse au chocolat. (y a du rab et je ne sais pas pourquoi une seconde mousse attérit dans mon assiette :o) ben comme il faut pas gâcher ;o) …


13 h 00 :
le radar sur le mât de misaine semble donner des signes de fatigue … Bernard enfile un harnais et grimpe dans la mâture pour vérifier le matériel…
le radar est bel et bien HS. Nous naviguons au moteur depuis le départ de Brest…


14 h 00 :
tour sur la dunette arrière ensoleillée où beaucoup de stagiaires ont pris place adossés contre la lisse… lunettes et soleil et visages exposés aux ardeurs des rayons du soleil.

ce qui vaut une phrase enjouée de Pépé " Eh bien il y en a des lézards ici ! ".

14 h 15 :
Christophe dit " Mao " nous rassemble pour un tour du navire afin d'identifier les voiles, les écoutes… Une piqûre de rappel est toujours bonne à prendre, d'autant plus que Christophe ponctue ses interventions avec beaucoup d'humour :o)
Tout y passe le détail des poulies, notamment des veuves sur les voiles d'étais (appelées ainsi parce qu'elles attrapaient en se balançant les marins … et faisaient des veuves dans les familles) .. d'ailleurs souligne Christophe " y a quelques traces de stagiaires dessus ".
Ensuite la description des voiles composant un phare, avec les deux dernières voiles au nom d'oiseau : perroquet et cacatois… " ne cherchez pas les perruches par contre on en a pas ".
Puis les drisses de foc qui se trouvent de chaque côté de la cuisine en précisant bien, puisque Marcel se tient dans l'encadrement de la cuisine, qu'il ne fait pas partie des focs (ça le fait mieux phonétiquement ;o) … Un cours bien sympathique ma fois qui se conclut sur " même si vous n'avez rien compris, le prix de la croisière sera le même " :o).

15 h 00 : coup d’œil à la timonerie, nous faisons du 9 nœuds au moteur.
Arnaud toujours vigilant, lance « il va falloir faire la veille à l’avant, y a plus de radar »

16 h 10 : la corne de brume retentit les 6 coups brefs et 1 coup long.
Bernard nous avait prévenu de l’horaire de l’exercice d’abandon du navire ce n’est donc pas le Belem qui prend l’eau :o)
Cet exercice est obligatoire dès qu’une sortie en mer est supérieure à 24 heures dans sa durée.
Nous descendons tous chercher notre saillante brassière orange fluo dans le faux pont sous nos bannettes et nous remontons sur le spardeck au pied du grand mât, lieu de rassemblement. Le cours de Bernard est comme celui vécu au premier stage, sérieux et plein de dérision à la fois… décidément on l’écouterait pendant des heures.
Un mirage passe le mur du son juste au dessus de nos têtes… assez proche pour nous abasourdir quelques dizaines de secondes… je l’aperçois à travers la matûre redresser ses ailes comme s’il venait de passer entre le mât de misaine et le grand mât… évidemment il vole plus haut… mais l’instant subjugue tout le monde et c’est tout de même un exploit de venir tutoyer le Belem de si près … le pilote visiblement s’est fait plaisir … nos oreilles moins ! :o) En plein cours d’abandon du navire … une torpille n’aurait pas eu plus d’effet sur nous :o)

17 h 00 : Manœuvre : on affale toutes les voiles.

19 h 00 : La mer est calme, le zodiac est mis à l’eau pour faire le tour du Belem et prendre des photos. Avec Fred on attend une demi heure de plus afin que la luminosité soit un peu plus accentuée… J’enfile une brassière, l’appareil photo bien calé et de descends dans le zodiac par l’échelle le long de la coque… c’est la routine maintenant … surtout depuis l’escale un peu plus mouvementée à Ouessant où la mer était plus agitée. C’est Quentin qui est aux commandes. Le Belem ce soir revêt des couleurs dorées, la coque apparaît luisante et cuivrée sous le soleil…la transparence des voiles à contre jour fait penser à des ailes d’insectes structurées… le spectacle est une fois de plus somptueux…l’émerveillement est à son comble.

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Vues du trois-mâts Belem depuis le zodiac

20 h 00 :
la cloche du second service fait entendre son carillon énergique…
Ce soir nous avons droit à : - une terrine de foie de volaille avec des endives,

........................................- du porc en sauce avec des pâtes,
........................................- plateau de fromages,
........................................- fruit (une pomme pour moi).
Je suis à côté de José qui comme à son habitude met de l’ambiance… il chambre Fred … la routine quoi :o)
J’ai l’impression de manger comme quatre ce soir… peut être aussi en prévision du 4/8 de cette nuit (mon quart préféré).


21 h 00 :
Tant pis pour la fatigue du réveil en pleine nuit, je cède à l’appel du coucher de soleil sur le spardeck et sur le gaillard avant ce soir… Je descends dans le faux pont troquer mon Canon G3 contre l’EOS 300D… un coucher de soleil avec l’avant du beaupré en ligne de mire ça vaut bien quelques pixels de plus pour une photo :o)


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22 h 30 :
Je n’ai pas sommeil même à l’idée de devoir me réveiller à 3 h 45 …je fais un petit tour à la timonerie pour voir où nous en sommes sur la carte. Le vent n’est pas nerveux, nous ne faisons que 1,8 nœuds.
Arnaud me montre un fascicule avec les marées prises à Cherbourg heure après heure et qui influencera la trajectoire du Belem. Je n’aurai jamais pensé qu’il y avait autant de paramètres à tenir compte pour la navigation.
Nous sommes positionnés au NW de l'Île de Batz.
Les moteurs vont être remis cette nuit ça ne fait aucun doute.


22 h 45 :
Je redescends dans le faux pont, toilette rapide et je vais rejoindre ma bannette…
Je prépare des vêtements chauds pour cette nuit que j'étale sur la couchette vide du dessus… finalement personne non plus ne l'occupe… j'ai de la chance ! Je prends mes notes quotidiennes sur mon fidèle carnet…


23 h 15 :
je lutte cette fois contre le sommeil… j’éteins la veilleuse … 4 h 30 de sommeil devant moi…

 

 
Mercredi 19 mai 2004
 

04 h 00 : Je suis du quart 4/8 ce matin.
Il y a beaucoup de rosée sur le pont. Les échelles sont extrêmement glissantes. Je regarde le ciel et la voûte étoilée au-dessus de ma tête, mais l'horizon se devine nappé dans la brume.
Je jette un coup d'oeil dans la timonerie pour voir les nouvelles. Les moteurs ont été mis vers 00 h 00 et les voiles carguées mais je n'ai rien entendu dans mon sommeil. Nous filons à 9,1 noeuds (belle vitesse !).On prend les consignes de quart. Première heure à disposition sur le pont, deuxième à la veille sur le gaillard avant et dernière heure sur la dunette à la barre.
Je reste à proximité de la timonerie pour ma première heure. Fred et Loïc me tiennent compagnie.

05 h 00 : Nous prenons notre poste de veille à l'avant.
Le jour prend place doucement, instant magique de voir l'horizon devenir aquarelle... accoudée au-dessus du beaupré je savoure cet instant unique... je souhaite suspendre le temps à ce moment là.
Sébastien nous rejoint à l'avant, nous discutons avec lui du parcours du Belem après Saint Malo et des différentes manifestations auxquelles le navire participe. Je lui demande en moyenne combien de visiteurs ont foulé le pont du bateau pendant la dernière Armada à Rouen. Sébastien estime les visites à 600 par heure environ. La question la plus récurrente qui soit posée concerne les "balais brosses" (les choucanes) suspendus aux câbles ! Etonnant non ?!

06 h 00 :
Retour sur la dunette... Je prends la barre de 06 h 20 à 07 h 00. Cap à maintenir 50 puis 55 NE.
Une tourterelle s'est logée sur le râteau d'antennes du mât d'artimon, je l'aperçois du caillebotis. Vers 6 h 30, le disque solaire vermillon se hisse à l'horizon, je suis du regard son ascension au-dessus du toit de la timonerie tout en gardant les yeux aussi rivés sur le compas. Maintenir le cap surtout... le moindre écart et le sillage derrière le bateau fait des courbes ça ne trompe pas :o) Mais je maintiens le cap ! Superbe spectacle que ce lever de soleil ! ...

07 h 00, je laisse la barre à Quentin. Je descends à la batterie pour le petit déjeuner ! J'adore le 4/8 ! mon quart préféré.

J'ai faim ! J'engloutis 2 tartines beurrées avec de la confiture et un bol de chocolat... les 40 minutes à barrer m'auraient t-elles creusé l'estomac ? Je file ensuite sous la douche.

08 h 00 - 09 h 00 : On s'active à l'entretien des sanitaires et de la batterie. Nous sommes plus de filles qu'au premier stage, le nettoyage se fait beaucoup plus rapidement avec le concours de tout le monde... Un coup de plizz sur la table en bois la rend pimpante... on hésite à plagier la pub des années 70 avec Marie-Pierre Casey ; le risque est trop grand de s'écraser sur le grand mât qui traverse la salle :o)
Lorsque nous montons sur le pont tout le monde est encore au fourbissage des cuivres... on leur emboîte le rythme.

09 h - 10 h 00 : fourbissage des cuivres ...
Je vais en quête d'une cible à faire briller ... ce sera le cabestan devant la timonerie sur la dunette, puis la cloche au-dessus de la tortue.

10 h 00 - 11 h 00 : Rassemblement sur le spardeck pour un historique du Belem par le Commandant himself ! Eric nous montre sur la carte maritime notre position et la route que nous allons faire pendant la journée. Un mouillage est annoncé à Chausey pour le lendemain ... le contentement se lit sur les visages d'autant qu'Eric ne tarit pas d'éloges sur l'archipel.


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11 h 00 - 12 h 00 : temps libre... je vais chercher mon appareil photo et je monte sur le gaillard avant.
Une nappe de brume arrive à une vitesse fulgurante... on la distingue très nettement parcourir la surface de l'eau : c'est impressionnant ! Elle nous enveloppe peu à peu, diminuant la visibilité à environ 150 m. Nous sommes dans un nuage cotonneux qui semble étouffer tous les bruits environnants...

12 h 00 : Absorbés par la magie féerique de la brume, la cloche du second service nous assène les tympans. Sur le gaillard avant on l'entend retentir ! Marcel y va énergiquement ! Sur le coup, je crois que nous sommes un peu abasourdis, surtout les stagiaires confortablement assis sur les enrouleurs de aussières, juste à l'aplomb des cuisines.
Hop on prend place à table, je m'assois en face de Fred et en moins de deux nous sommes bien entourés :o) Patrice (le Bosco) à ma droite et en face encadrant Fred : Gwen et Hervé.
Au menu : - coquille de crabe
................- Cuisse de poulet accompagnés de légumes variés (flageolets / carottes / haricots verts)
................- Plateau de fromages
................- Génoise à la crème pâtissière avec morceaux de poires (un déliiiiiiiiiiice !!!)
C'est incroyable ! il reste des parts de gâteaux ! De l'avis général et sans besoin de vote à bulletin secret, nous conservons les parts rescapées dans le frigo à l'étage au lieu de remonter les restes à la cuisine (chut !) ... Ce soir on y pensera sans problème, pas d'inquiétude il n'y aura pas de perte :o).

13 h 20 : La brume s'est transformée en purée de pois assez consistante pendant que nous déjeunions. Nous sommes toujours sous voiles mais le vent est nul. Le Commandant n'avait pas prévu cela au programme et visiblement il semble un peu inquiet pour le programme à tenir. Cela sous entend une navigation aux moteurs dans la soirée si le vent ne se lève pas.
Comme la mer est calme, Arnaud, sur la dunette, a jeté les lignes par dessus bord... déjà 3 maquereaux dans son seau. On ne voit pas au delà de la ligne à 100 mètres cette fois.

13 h 30 : Marcel vient faire un tour sur la dunette, visiblement intéressé par le précieux butin ! Une recette de maquereaux se profile t-elle à l'horizon ? ... Ah, il faudrait beaucoup d'autres prises pour sustenter 60 ventres gourmets ! 3 poissons c'est un peu maigre.


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13 h 40 : Marcel revient avec une ligne supplémentaire ! cette fois c'est sur, nous aurons de la terrine de maquereaux marinée au vin blanc !
Bernard et Jean-Michel, deux stagiaires, s'installent chacun avec une ligne de chaque côté de la barre. Visiblement le coin est poissonneux à souhait et comme nous faisons du surplace, les prises vont être abondantes c'est joué d'avance.

Moins d'une heure après, un premier seau est pratiquement rempli ! Il nous en faut un second... j'assure les prises photographiques de l'évènement ... mais d'un peu trop près : mon pantalon est maculé de tâches de sang de poisson ! Beurk.. je file frotter les tâches avec mon gel douche dans les sanitaires ... plus pour ne pas sentir le maquereau et éviter de parfumer mon caisson ...

Je remonte continuer mon reportage ... puis je me décide à prendre une ligne pour essayer à mon tour. Bernard, un stagiaire et Charles me montrent comment procéder... hop j'en remonte un ! Bon maintenant, il faut décrocher la bête de l'hameçon ... Charles n'a pas envie de sentir le maquereau alors je m'y colle... pouah c'est gluant, j'en ai plein les mains... l'hameçon résiste un peu, hop dans le seau.
Je jette à nouveau la ligne à l'eau mais sans succès ... après plusieurs manoeuvres toujours infructueuses je commence à remonter la ligne un peu vite en saisissant le premier hameçon fixé dessus, j'ai la présence d'esprit à temps de ne pas serrer et l'hameçon reste juste à la surface de mon index piqué sur l'épiderme...

Mon homologue à tribord par contre fait les frais d'un hameçon bien planté dans sa main au point que tout l'équipage se mobilise pour voir si un médecin fait partie des stagiaires pour procéder à une incision car l'hameçon ne peut être retiré à la main... l'opération s'avère assez délicate et le stagiaire s'en sort avec un beau pansement. Plus de peur que de mal mais tout de même. Finie la pêche ! On remballe les lignes... de toutes façon avec 84 maquereaux, Marcel a largement de quoi faire.
Jean-Michel et moi portons les 2 seaux à la cuisine... très belle prise tout de même ! Même avec un bon nettoyage de mains au Cif je garde l'odeur tenace un moment.

15 h 55 : Cours de navigation théorique par le Commandant dans le grand roof pour ceux qui le souhaitent ... je suis intéressée puisque j'ai raté en partie celui du premier stage et que j'ai somnolé la moitié l'autre moitié du temps.
On passe en revue les repères pour les navigations hauturière & côtière et le pilotage. Le cours est très instructif et j'apprends termes et techniques jusqu'alors ignorés.
Le jargon marin a ses particularités ainsi le mot "rivière" remplace le mot fleuve, drapeau se dit "pavillon" (ça je savais) et "aviron" remplace "rame".
J'apprends un dicton amusant :o) "Quand les mouettes ont pieds, il est temps de virer". Eric ponctue le cours d'humour et d'anecdotes sur ses navigations antérieures… A relever un palmarès élogieux tout de même !

Nous avons droit à une piqûre de rappel sur la signalétique des bouées cardinales :


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Pour mémoriser les couleur des balises cardinales, il suffit de se souvenir que les voyants sont disposés comme des flèches pointant vers la couleur noire :
- 2 triangles joints par leur pointes indiquent que la couleur noire occupe le la milieu de la balise. (Cardinale Ouest)
- 2 triangles pointes vers le Haut indiquent que la couleur noire occupe le la haut de la balise. (Cardinale Nord)
- 2 triangles joints par leur bases indiquent que la couleur noire occupe le haut et le bas de la balise le milieu étant alors jaune. (Cardinale Est)
- 2 triangles pointes vers le bas indiquent que la couleur noire occupe le la bas de la balise. (Cardinale Sud)

18 h 30 - 19 h 45 : cours de matelotage avec Sébastien puis Quentin qui prend la relève. Je maîtrise le noeud de chaise les yeux fermés maintenant. :o) ... pour le noeud de chien, il faut encore que je révise !
La brume se lève de nouveau subitement et nous enveloppe rapidement.le n

20 h 00 : Second service. Fred est en face de moi, encadré par Sébastien et Quentin.
Au menu : jambon & macédoine / lotte en sace et riz / plateau de fromages / yaourth + les morceaux de gâteaux à la poire farouchement conservés dans le frigo que nous nous partageons.

21 h 00 : brin de toilette et direction ma bannette en prévision du quart de minuit à 04 h 00.
Je prends mes notes quotidiennes sur mon carnet... J'ai un léger mal de gorge, sûrement un petit coup de froid pris sur le spardeck ce matin lors de l'historique du Belem retracé par Eric, je crois que j'étais en t-shirt à ce moment là. 21 h 55, extinction des feux.

23 h 45 : je dormais vraiment comme un bébé, lorsque la voix du matelot de quart m'extirpe de mon rêve... pas assez réveillée pour reconnaitre de qui il s'agit... mais assez pour prendre conscience une fois mes neurones reconnectés, que mon rêve se résumait au souhait de vouloir à tout pris faire un stage sur le Belem.
J'ai pas pour habitude que mes rêves se réalisent en instantané :o) ... en tout cas cela me met d'excellente humeur et je crois bien que je suis la seule stagiaire à faire irruption dans la batterie à minuit avec un sourire jusqu'au oreilles... les autres sont plutôt dans le cirage, le manque de sommeil se lit sur les visages. Nous sommes tous emmitouflés dans nos vêtements car les nuits sont vraiment fraîches et là avec la brume de la soirée, la nuit s'annonce humide de surcroît. Loïc me sort une phrase qui me fait éclater de rire dans le contexte où nous sommes : "J'ai l'impression d'aller au ski, mais j'ai oublié mon forfait". On avale une tasse de café avant de monter sur le pont (je crois que je n'en ai jamais autant bu en une semaine).

Il y a du monde sur la dunette... visiblement le quart précédent n'est pas encore descendu dans le faux pont.
Même le Commandant est dans la timonerie.

La brume de la soirée s'est levée pour faire place à la voûte étoilée.

Instructions de quart. Je commence la première heure à barrer sur la dunette. Cap 170 S ... puis changement à 200 S.
Pendant que je barre, le groupe à disposition sur le pont effectue une manoeuvre pour carguer la grande voile et la misaine.
Des feux de signalisation fixes au loin nous laissent penser qu'il s'agit d'amers sur le contour des îles anglo-normandes.

2ème heure à la veille sur le gaillard avant... Le temps de traverser le pont précautionnesement en tatonnant dans le noir, un vent de brume se rabat sur le gaillard et enveloppe rapidement le Belem dans une purée de pois consistante... c'est tout juste si derrière nous nous distinguons la timonerie.Pour repérer les feux de signalisation la tâche s'annonce ardue... il va plutôt falloir tendre l'oreille à l'écoute des cornes de brume et dans la timonerie on doit marcher au radar.
L'humidité n'est pas la panacée de ce quart que nous trouvons interminable.
3ème heure à disposition... je fais de fréquentes visites dans la timonerie pour regarder les instruments de bord mais aussi pour me réchauffer un peu.
La 4 eme heure se découpe en 3 fois vingt minutes sur les différents postes.
A 04 h 00 pour la première fois c'est non sans un plaisir dissimulé et partagé par tous que nous regagnons notre bannette. On est tous d'accord pour dire que le 00 h / 04 h est le quart le plus éprouvant pour les organismes.

04 h 30 : j'éteins ma veilleuse ... 02 h 30 avant le petit déjeuner de 07 h.


 
Jeudi 20 mai 2004
 

06 h 45 : Douche
07 h 15 :
Petit déjeuner
Un coup d'oeil dans le hublot de notre module pour constater que nous baignons toujours dans une purée de pois plus épaisse encore que la veille..


08 h 00 - 09 h 00 :
Heure de propreté du navire. Une rangée de balais est aligné à l'avant près du mât de misaine... dommage c'est pour le second quart dirigé par Patrice... Sébastien arrive tout sourire avec une idée d'activité de nettoyage en tête ... Rassemblement sur la dunette pour un grand lessivage des balustres. Distribution d'éponges dans la bonne humeur ! et hop nous voilà avec un seau avec un contenu recouvert de mousse abondante. Sébastien a du mettre un volume d'eau pour trois volume de saint-marc !!! :o) ... à force c'est limite corrosif on a les mains rouges mais les balustres, elles, sont bien décapées. Je passe le jet pour les rincer... Sébastien poursuit avec un tuyau d'arrivée d'eau (de mer) plus puissant pour évacuer la mousse ... et re-coup de jet pour rincer à l'eau douce après coup.

09 h 30 -
Toutes les voiles sont carguées.
09 h 40 -
L'ancre est jetée, on se retrouve au mouillage. Un coup de corne de brume retentit, histoire de signaler notre présence.
10 h 00 - Diverses activités et ateliers sont mis en place pour occuper le temps ... Dont l'occasion de visionner un film sur la vie à bord du Peking dans le Petit Roof. En sortant après la diffusion du film, nous apercevons la nageoire dorsale d'environ cinq dauphins à tribord... trop loin pour que les photos donnent un résultat intéressant mais satisfaction tout de même d'avoir assister à la scène.

11 h 00 -
Repas au premier service
Au menu : feuilleté saucisse / rosbeaf - frites / plateau de fromages / génoise au chocolat.


12 h 00 - 13 h 00 -
La brume se lève un peu, et les contours de la Grande Île de Chausey se dessinent sous nos yeux. La silhouette de la Cancalaise se devine ...Puis la bisquine de Granville apparaît à son tour ... ainsi que le Lys Noir... Un festival de gréements traditionnels pour notre plus grand émerveillement !
13 h 30 - Eric nous réunit sur le spardeck pour nous annoncer notre débarquement sur Chausey... la brume semble vouloir se lever et le zodiac va donc être mis à l'eau.


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..................................................Aux abords de Chausey ... le Belem tel un fantôme dans la brume ... apparition de la Granvillaise et du Lys Noir

14 h 45 : Escale à Chausey

C'est Eric, le Commandant du Belem en personne qui assure les navettes en zodiac et le débarquement sur la Grande Ile.
On sent la passion qui l'anime pour cet archipel haut en couleurs. Il nous le dépeint comme un paradis sur terre.
Nous avons les faveurs du ciel avec nous. Alors que la brume épaisse a flirté avec les côtes une bonne partie de la fin de matinée et en tout début d'après midi... le ciel s' éclaircit dès la mise à l'eau du zodiac... nous laissant percevoir une palette de couleurs à rendre jaloux n'importe quel peintre maritime... ou joaillier : des perles de malachite sur un écrin de lapis lazuli et de turquoise...
Eric a raison ... cela doit être cela le paradis !! :o)
Doublement récompensés nous sommes !! C'est le jeudi de l'Ascension et bon nombre de voiliers sont en mouillage. Les quatre vieux gréements "Cancalaise", "Granvillaise", "Lys Noir" et "Charles Marie" sont côte à côte en enfilade ... le zodiac ralentit à leur niveau ... Le Commandant doit se faire plaisir à chaque débarquement de stagiaires à contempler les bisquines. Une mini Armada avant Douarnenez 2004 où je vais me rendre en juillet... :o)


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Le ponton en bois est glissant... tapissé d'algues et de vase. Normal, à marée haute il est entièrement recouvert par la mer.
Nous nous éparpillons... je reste avec Frédéric. Tous les autres se dirigent vers les quelques habitations et boutiques apparentes de l'île. Evidemment la boutique / restaurant est bien en vue dès le débarquement... histoire d'appâter le touriste... faut bien faire marcher le commerce.
Fred et moi décidons de prendre l'île par la gauche pour surplomber les vieux gréements et tenter d'apercevoir le Belem au mouillage. La Cancalaise a gardé sa voilure déployée et la blancheur de ses voiles tranche sur le camaïeu de bleu turquoise. Nous poussons jusqu'au phare dont l'accès n'est pas public... nous le contournons par la gauche et descendons dans un semblant de jardinet surplombant les rochers et nous offrant une vue sur le Belem mouillant au large.
Nous ne tarissons pas d'éloges une nouvelle fois sur sa silhouette ... décidément ce bateau est fascinant sous toutes ses coutures. Une certaine fierté nous envahit à la simple pensée que nous avons la chance de naviguer dessus. Il y aurait donc un effet "Belem" ? :o)


Nous retournons sur nos pas pour visiter le reste de l'île... au loin la nappe de brume naissante laisse présager que nous allons bientôt nous retrouver dans une purée de pois... Chose fait en un laps de temps très court... Quelle satisfaction d'avoir pu faire toutes les photos des gréements à temps !

Nous croisons certains de nos colocataires maritimes qui viennent de succomber aux gaufres chocolatées du restaurateur local.
Gaufre ou photos ? ma gourmandise n'a pas pris l'ascendant sur mon enthousiasme photographique sur ce coup là ... et puis la cuisine de Marcel et de Patrick n'a d'égal en qualité qu'en quantité... N'empêche pour les photos maintenant que la brume est tombé c'est plutôt raté pour les clichés de gréements... ah gourmandise quand tu nous tiens, tant pis pour ceux qui n'ont pas su résister ! :o)
Nous nous dirigeons à l'autre extrémité de l'île pour joindre le port... La petite église bordée d'ajoncs dorés perchée sur un semblant de colline est fermée à la visite... dommage. Sans être une férue de religion, j'aime à visiter les lieux pieux... Je fais 2/3 photos de l'extérieur.

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Le petit port est en vue ... brumeux à souhait, découpant des coques de bateaux de façon fantomatique... un cliché à faire m'interpelle... Je m'aventure sur la grève de galets, d'algues vertes, de goémon ... mais le sable s'avère plus meuble que je le pensais... un peu vasière en fait... Avec une gestuelle peu académique, j'arrive à mettre ma photo dans "la boite".
On poursuit la visite de l'île par les sentiers intérieurs cette fois... le fort se profile à l'horizon sous de grands arbres à la silhouette découpée et dont la cime disparaît par intermittence dans la brume. Atmosphère mystérieuse à souhait... que n'aurait pas rechigné le mélancolique Chateaubriand s'il était encore de ce monde.

Il faut surveiller les horaires... nous devons regagner le Belem entre 18 h et 19 h à cause des marées. Direction le petit bourg, tant est qu'on puisse le qualifié de bourg,... Une belle maison aux volets bleues mérite une photo. Lui est accolée la demeure de Marin Marie. Une barque bleue posée nonchalamment devant la barricade semble de son pimpant défier les volets du presque même bleu.


La brume se lève d'un coup ... laissant percer les rayons chaleureux du soleil et découvrant par la même occasion tous les îlots alentours. Une mosaïque de couleurs s'étalent sous nos yeux émerveillés... Nous retrouvons quelques stagiaires à proximité du ponton. C'est Bernard, le Second Capitaine qui assure les navettes du retour. Je laisse partir un premier zodiac... Le zodiac ne peut pas nous récupérer sur le ponton à cause des navettes touristiques qui encombrent les lieux, je repense en souriant au terme employé par José les qualifiant de "promène-couillons"...
L'appareil photo bien cadré sur la bouée cardinale jaune et noire du chenal de Sound, j'attends qu'un voilier sous voile passe dans l'axe pour déclencher...
Bernard est de retour, cette fois on embarque... à l'extrémité ouest du ponton.
Les sensations en zodiac sont toujours de grands moments grisants ! j'adore ! Vitesse, soubresauts, embruns... Echelle de corde le long de la coque noire ... et hop de retour sur le pont... décidément on y prend goût à ces sorties en zodiac.

Une après-midi sympathique de tourisme sur la terre ferme qui ajoute une île merveilleuse à mes connaissances ! Je suis ravie.

Patrick et Marcel donnent de la voix dans la cuisine... il est près de 18 h 30 ... et la préparation du punch a pris du retard.
Le dernier zodiac apponte le Belem et la plupart des matelots sont présents dedans... ce qui explique l'agacement des cuistots...
Le punch se prendra sur le spardeck et la table n'est pas encore dressée...
De plus Fred et moi sommes du 1er service ce soir... je prends de l'avance en mettant le couvert dans la batterie.
Je remonte sur le pont et rejoins Nicolas et Fred dans le grand roof... la boutique est ouverte... je prends un mug estempillé "Odyssée du Belem" ... disons que c'est plus en souvenir du mug 57 dont je me sers pendant le stage que pour l'article lui même.
Le punch est déjà entamé sur le spardeck ... Eric s'avance et me tend un verre de "médicament". Je hume le parfum du punch, Marcel a du encore avoir la main lourde sur le volume de rhum ! ... la dernière fois j'ai eu l'impression d'être pompette à la descente de mon verre.
Cette fois ça va... ça chauffe toujours un peu le gosier ...mais ça va ... déjà l'accoutumance ?? :o)

Je vais discuter un peu avec Marcel... Je fais plus ample connaissance avec Sylvain et son père Pierre dont j'apprends qu'ils seront du stage Saint-Malo / Saint-Malo... cool, pas facile de localiser les 8 stagiaires enchaînant les 2 stages...

Nous sommes tellement nombreux sur le stage Brest - Saint Malo qu'il est difficile de lier connaissance avec tout le monde, d'autant que certains sont venus en petits groupes d'amis et en famille et ne se mélangent pas forcément aux autres. Il est vrai aussi qu'étant du même tiers et de service en même temps, Fred et moi "rescapés" du 1er stage Saint Nazaire - Brest (ou redoublants comme se plait à dire Eric), nous sommes restés quasi inséparables pendant le 2ème stage. Normal aussi il est vraiment super sympa Fred !

Le Lys Noir vient tutoyer le Belem à babord, Eric envoie un coup de corne de brume pour le saluer amicalement... le Lys Noir nous répond à son tour... de telles complicités sur mer entre les bateaux contribuent à mettre une ambiance chaleureuse.

18 h 50 - Je suis de service au repas ce soir avec Fred et François. Je vais faire doublement attention ce soir à cause du punch !!! descendre les échelles de coupée entre la cuisine sur le pont principal et la batterie à l'entrepont avec les plats chauds à bout de bras… ça s'annonce peu académique :o) ...par chance nous sommes au mouillage mais moi le punch va quand même me faire tanguer !
Voilà tout est prêt reste à attendre la cloche annonçant le service... Nous sommes tous les 3 postés devant la cuisine pour réceptionner les plats... Marcel et Patrick s'activent derrière leurs fourneaux.

Waouhhhh surprise nous avons droit ce soir à la recette de Marcel !!! Les 84 maquereaux sont cuisinés au vin blanc et aux petits légumes… et copieusement arrosés de jus.

Houlà les plats sont bien remplis... Fred, François help... c'est prendre des risques que de me laisser descendre l'entrée :o)

Nous avons ensuite du choux fleur gratiné pour accompagner une côte de porc / suivent le plateau de fromages et les corbeilles de fruits.

Nous devons nous activer pour débarrasser et laisser place nette pour le second service. La vaisselle nous attend dans la cuisine et en plus ce soir nous sommes de quart de 20 h 00 à minuit ! Enfin je vais pouvoir participer à ce quart que je n'ai pas encore eu le loisir de faire... la dernière fois il a été supprimé en raison du mouillage à Ouessant... Nous sommes pourtant au mouillage mais comme nous avons fait escale toute l'après midi sur Chausey, sur la proposition d'Eric de profiter des vents pour faire de la navigation de nuit... nous ne nous faisons pas prier :o)

On s'active dans la cuisine, le lave-vaisselle puissant tourne en 2 minutes et demi à chaque lavage ! du jamais vu !!! pas le temps de flâner pour essuyer ... qu'il faut vider et remplir les paniers avec assiettes, plats et couverts... mais ce n'est jamais une corvée à bord du Belem plutôt un moment animé et convivial en compagnie des deux cuisiniers.

On se prépare à faire un départ sous voiles... c'est l'effervescence, on attend de participer aux manoeuvres avec une impatience non dissimulée.
Sur le gaillard avant, une partie de l'équipage se prépare à l'appareillage autour du guindeau, des matelots sont dans la mâture pour dérabanter les voiles.
Nous attendons les instructions du Bosco... Nous allons établir la voilure dans le soleil couchant ... quel spectacle de voir les voiles se teinter d'une couleur de miel blond sous les rayons rasants du soleil !
Après les manoeuvres, je passe une majeure partie de mon quart sur la dunette arrière avec quelques passages à la timonerie pour me réchauffer un peu ... je n'ai pas eu la présence d'esprit de me couvrir autant que pour les quarts de nuit... je suis frigorifiée pendant la dernière heure si bien qu'à minuit moins le quart je descends dans ma bannette à moitié congelée... en plus les 4 heures de sommeil de la veille se font durement ressentir. Je vais pouvoir faire une nuit complète jusqu'à 07 h 00 !

 
Vendredi 21 mai 2004
 

06 h 45 : Douche / 07 h 20 - Petit déjeuner
Les stagiaires préparent leurs sacs ... l'arrivée à Saint Malo est prévue pour 11 heures.

08 h 00 :
Heure de propreté du navire. Je suis sur le pont pour le fourbissage des cuivres. Je vais retrouver le cabestan à l'avant de la dunette, devant la timonerie pour le faire de nouveau briller.
Le temps est couvert ce matin. La mer est pratiquement couleur ardoise et le fond de l'air frais malgré le fourbissage énergique des cuivres.
Nous effectuons ensuite quelques manoeuvres.

A 10 h 00, le pilote monte à bord pour nous guider dans le chenal de Saint Malo.


11 h 00 :
Le deuxième stage se termine me projetant dans la même configuration que le précédent : voir les stagiaires débarquer pour d'autres horizons moins maritimes, retour aux activités professionnelles sur la terre ferme... pointe de nostalgie naissante...
Cette fois nous sommes 8 stagiaires à enchaîner sur le stage suivant, le n°9 bis ou n°33 administrativement sur les contrats. Deux jours supplémentaires proposés à un tarif préférentiel aux stagiaires de Brest-Saint Malo. On apprend que c'est grâce au désistement d'une entreprise que ces 2 jours de plus sont possibles ! Je bénis cette société sans pourtant en connaître le nom :o)
Je n'ai pas encore identifié la totalité des 7 "redoublants" qui m'accompagneront. Je sais qu'il y a Sylvain et son père Pierre qui sont tous deux d'une gentillesse incroyable, Sylvie une vraie pile mille volts qui ne tient pas en place :o), Marjolaine et son ami, stagiaires récidivistes... bref il m'en manque un à l'appel...
Le Belem est à l'heure une fois de plus. Quai Vauban au pied de la Cité Corsaire de Saint Malo. Là où l'année précédente je l'ai croisé pour la première fois (c'était le 9 juin je me rappelle encore cet instant inoubliable). De quoi être émue à nouveau, aurais-je pensé un instant à l'époque que moins d'un an après je naviguerais à son bord ? La passerelle pour accéder au quai est posée et stabilisée, le défilé des stagiaires va commencer... Une foule assez dense de badauds curieux et les familles surtout sont là.
Tout le monde est en effervescence sur le pont, paré de couleurs multiples avec les bardas des uns et des autres...
Le pont se vide peu à peu et les retrouvailles vont bon train sur les quais... Une adorable petite fille blonde court se jeter dans les bras de son papa. Un tableau attendrissant : Eric retrouve sa petite Juliette.

Quelques familles en profitent pour faire un tour à bord et voir comment ont vécu leur(s) proche(s) à bord...

12 h 15 :
Nous décidons d'aller déjeuner en petit comité : Sylvain, Pierre, Sylvie, Fred (qui a un peu de temps avant de prendre son train pour Paris) et 2 autres stagiaires qui ont eux aussi fini le voyage... Après un détour par le quai pour admirer le Renard (réplique du bateau de Surcouf), nous gagnons la cité intra-muros et jetons notre dévolu sur une pizzeria au pied des remparts. Le restaurateur est sur la sellette ! Nous sommes habitués à une cuisine excellente à bord du Belem et nos papilles sont maintenant telles un guide Michelin près à la critique :o) L'honneur de la pizzeria est sauf, le crumble en dessert a même un goût de trop peu... on se remémore les souvenirs de stage à table évidemment, comment faire autrement !

Un petit tour sur les remparts pour admirer le Belem ... dernières photos pour Fred. Je m'amuse à cadrer la statue de Duguay Trouin avec les mâts du Belem ... Pauvre Duguay Trouin ! Je l'affuble d'une canne blanche avec le mât de misaine (c'est joueur un photographe parfois ! ;o). On croise Françoise sur les remparts, perdue dans ses pensées, elle non plus n'arrive pas à détacher son regard du bateau... Plus loin c'est Philippe et sa maman qui rejoignent un temps notre petit groupe. Je me rends compte que j'ai très peu eu l'occasion de discuter avec Philippe pendant le stage il a un petit look aventurier dans sa tenue... assez photogénique je dois dire. J'ai eu plus d'occasions de discuter avec sa charmante maman par contre. Je m'aperçois qu'on a perdu Sylvie en chemin.

C'est l'heure du départ qui sonne pour Fred, je lui souhaite bon vent pour ses vacances. Le veinard, il part pour Saint Domingue dans la foulée. Nous nous retrouvons plus que Sylvain et moi au pied du Belem, Pierre ayant rejoint sa bannette pour se reposer un peu. On décide de contourner le Bassin Vauban pour prendre le Belem en photo du quai d'en face... mais les quais de commerce ne sont pas accessibles au public, on revient donc sur nos pas pour entreprendre une visite de la Cité Corsaire en commençant par le Môle des Noires. La vue des remparts du bout de la jetée m'est plus que familière mais je ne m'en lasse pas. Vient ensuite l'inconditionnel tour des remparts avec le panorama sur les îlots... c'est marée basse et le week end prolongé fait fourmiller les touristes sur la plage et aux terrasses des cafés. D'ailleurs on se pose quelques instants à l'une d'elles pour un rafraîchissement mérité. Le soleil tape et le ciel azur est estival... envie de farniente.

Il est près de 17 h 00. Nous regagnons le Belem.
Nicolas descend dans la batterie pour récupérer les mugs pour un petit tour en lave vaisselle. Je propose de l'aider. Avec Sylvain, on sélectionne ensuite les n° des mugs gagnants pour le prochain stage pour les aligner ensuite sur le comptoir du grand roof. On s'y est pris comme des manches sans suivre l'ordre établi de la liste des stagiaires (bon ok c'est ma faute, j'avoue)... Pierre nous prête main forte.
On discute un peu avec Arnaud, qui est de quart ce soir pour accueillir les nouveaux stagiaires... consigné à bord, dommage il ne pourra pas faire un tour dans Saint Malo mais me conseille la crêperie sur les remparts. Nicolas par contre propose de nous rejoindre après le service de l'équipage.
Ayant récupérer Miss Sylvie, entre temps partie faire des rouleaux de pellicules photos un peu partout, nous repartons intra-muros à quatre : Sylvain, Pierre, Sylvie et moi. Sylvain et moi cédons à un bain de pieds sur la plage face au Grand Bé... l'eau est un peu fraîche mais bonne...et puis on ne vient pas en Bretagne sans faire trempette quelles que soient les conditions météorologiques... quelques photos supplémentaires en boite et on gagne les remparts pour s'installer en terrasse de la crêperie devant un panorama de rêve et en plus un magnifique coucher de soleil se profile pendant le repas. C'est la belle vie ! Que demander de plus ! Saint Malo, des crêpes dans l'assiette, du cidre blond dans les verres et le Belem comme hôtel ce soir ! On réalise la chance unique que l'on a. La carte nous fait sourire de par les appellations de ses menus, d'ailleurs Sylvain se laisse tenter par une "Couillon du Rocher"... On en demande la signification à la serveuse histoire de se cultiver un peu et il s'avère qu'il s'agit d'un rocher sur un des îlots à l'entrée du chenal de Saint Malo.

Nicolas nous rejoint sur les coups de 22 h 00. Il commence à faire frais en terrasse malgré les 2 lampes "grille-moustiques"... On décide de se trouver un petit pub branché sympa pour se réchauffer un peu... on suit le Lieutenant qui semble mieux connaître les lieux que nous.
Effectivement on se retrouve dans un pub avec une belle déco et de la bonne musique.
Sylvie et Sylvain se laissent tenter par un vin chaud, ne sachant pas quoi prendre je me laisse guider par Nicolas qui me conseille une Coreff blonde (une bière légère de Morlaix, Pierre choisit de même je crois. En temps normal, je ne bois jamais de bière parce que le goût ne m'attire pas particulièrement... Je dois dire que là je suis agréablement surprise par la saveur de la Coreff bien équilibrée au goût un peu amer mais désaltérant... En fait, en Bretagne tout est bon :o)

Il est temps de regagner le Belem, il est pas loin de minuit... La mâture est illuminée par les projecteurs comme à chaque escale... je tente deux photos mais sans trépied là c'est la cata :o( . Arnaud est fidèle à son poste derrière le comptoir du grand roof... je descends chercher mon contrat de stage pour le lui remettre.

Nicolas et Sylvain discutent près de la passerelle,... alors que je m'apprête à descendre à ma bannette, Nicolas me lance un "alors petite joueuse !"... OK, je comprends qu'ils m'attendent pour refaire un tour intra muros... Je file rechercher une épaisseur de polaire supplémentaire et ni une ni deux je suis de nouveau sur le pont... C'est pas tous les jours qu'on est avec des gens qu'on apprécie, sur le Belem et qui plus est à Saint Malo ... alors autant profiter des moments présents... se fabriquer des souvenirs impérissables :o)

Visiblement mes 2 acolytes semblent décidés à faire un tour à la Rhumerie. Houlà... la soirée n'a jamais été si arrosée pour moi... cidre avec les crêpes, une Coreff et maintenant un petit verre de rhum-banane... Vais-je retrouver le Belem, la passerelle d'accès, ma bannette ??? :o) Et ben finalement tout va bien, j'ai même pas la tête qui tourne ... les punchs de Marcel ont du m'acclimater ces derniers jours :o) ... par contre je ne suis pas partante pour la deuxième tournée, je n'accompagne pas les garçons avec un autre verre aussi petit soit-il. Le décor de l'endroit est un peu kitsch... les teintures peintes appliquées sur les murs ressemblent aux chemises d'Antoine :o) ... le bruit est assez assourdissant et on est obligé de parler assez fort et assez près pour s'entendre. Je pose des questions à Nicolas sur le ressenti des différents stages. Sylvain nous parle un peu de son travail d'animateur de l'éducation national... A 01 h 00 du matin passée, on regagne le Belem... à 1 h 30 bien lovée dans mon sac de couchage je m'endors comme un bébé sur les souvenirs de cette agréable journée... plus que 2 jours...Ah, j'ai toujours la fâcheuse manie d'effectuer un décompte des jours voire des heures qui restent ... Sylvain m'a repris à plusieurs fois quand je l'évoquais ... Alors Myriam n'y pense pas ! profite... !

 
Samedi 22 mai 2004
 

 

07 h 00 : Petit déjeuner / 07 h 30 : douche
De nouvelles têtes ce matin, nous avons effectivement embarqué de nouveaux stagiaires... Vu l'horaire tardif auquel nous sommes rentrés ce matin avec Nicolas et Sylvain, nous n'avons pas eu le temps de faire connaissance. Nous seront 35 sur ce stage... Au niveau affluence dans la batterie au petit déjeuner, 13 personnes de moins ce n'est pas négligeable... au moins on a un bout de banc pour s'asseoir devant son bol de café :o)

09 h 00 :
L’équipage s’active dans la mâture à rabanter les voiles. Nous subissons les effets d'une brise d'Est-Nord qui nous plaque le long du quai. La manoeuvre d'appareillage ne va pas être aisée. Heureusement nous avons recours à un remorqueur ... Eric, prévoyant, l’avait réservé la veille. Nous mettons plus de temps que prévu, et lorsque nous nous présentons enfin devant l'écluse, celle-ci se referme pour laisser passer la circulation routière... C'est laborieux ce matin. Pour courronner le tout, nous jouons de malchance ! Le Commandant nous relate les déboires subis "une pièce mécanique s’est engagée dans le système de la barre, faisant reculer l’ensemble, et la barre à roue est cassée net, venant en butée sur les caillebotis !!
" ... Nous faisons une entrée périlleuse dans l'écluse, poussés par les vents mais tout l'équipage mobilisé maîtrise la situation.
Une fois le Belem stabilisé dans l'écluse, nous avons le traditionnel speech de bienvenue et la présentation de l’équipage par le Commandant (3ème
édition pour moi). Eric nous annonce que le programme est revu en raison des problèmes survenus : nous allons partir au moteur et mettre cap sur Chausey où nous ferons escale cet après midi pendant que l’équipage réparera la barre.
Si la réparation réussie la barre sera opérationnelle pour faire de la navigation dimanche… comme nous ne rentrons que pour 19 h à Saint Malo, nous aurons le temps de faire quelques manœuvres et virements de bord. Le programme annoncé, Bernard prend un relais rapide pour les délivrer les consignes de sécurité… et prodiguer l’exercice d’abandon avec les brassières dans le Grand Roof.
Pas facile avec les 3 journalistes caméramen embarqués sur le stage d’autant que le plafond n’est pas très haut… quelques bosses sont à dénombrer mais le matériel semble plus résistant que les têtes :o).
Nous sommes un peu impressionnés d'avoir un journaliste de TF1 (en vu d'un 3 minutes au 13 h pendant Brest 2004) et 2 journalistes du magasine Voiles et Voiliers pour l'édition d'un DVD comprenant un 13 minutes sur la vie à bord du Belem.
Nous sommes dispensés du signal sonore à la corne de brume pour ne pas perturber la quiétude du port de Saint Malo…Déjà que nous sommes tous enfermés en gilet de sauvetage dans le grand roof, le navire serré dans une écluse… c’est pas la peine d’ajouter du ridicule à la scène ;o)


Nous partons… Eric, Bernard et le pilote sont juchés sur le toit de la timonerie aux commandes hydrauliques automatiques pour sortir du chenal…
Le vent est fort (de force 6 à 7) et la mer agitée, l’écume se forme sur les vagues d’un bleu profond… c’est superbe… pour en profiter
pleinement je suis allée sur le gaillard avant rejoindre Nicolas à la veille, talkie-walkie en main pour communiquer avec l’arrière du bateau.
L’opération de récupération du pilote sur la navette est périlleuse à voir mais tout se passe pour le mieux avec la maîtrise et l’expérience du métier.
C'est néanmoins le souffle coupé que je surveille la cascade.
Cap sur Chausey… sans la barre qui est démontée et portée à l’avant du navire vers les ateliers… le dommage causé est quand même sérieux…et cela fait mal au cœur de la voir endommagée ainsi… Elle date de 1914 tout de même…
Les conditions météo sont à l’identique… la houle est soutenue et pratiquement tous les stagiaires ont disparu du spardeck…on annonce des malades à bord …
Moi, je n'ai jamais été aussi bien (quand je dis que je suis montée à l'envers ;o) ...je reste sur le gaillard avant pour profiter du spectacle… Sylvain aussi …Hervé, Maho et Charles sont là à la veille.
La proue se lève, retombe et fend l’écume … on se prend aussi quelques embruns assez pour être gentiment aspergé… Moi en tout cas je trouve ça super…
un peu de mouvement pour changer, de quoi finir en beauté :o)
On est que 3 stagiaires à l’avant … où sont passés les autres ? Visiblement on a pas les mêmes appréciations sur la météo du jour.

11 h 00 : le premier service est annoncé… la descente des plats va sûrement s’avérer folklorique… je suis du second service… Sylvain aussi mais il part déjeuner au premier pour remonter au plus vite sur le pont… Je préfère rester et profiter maintenant des conditions extérieures.
D’ailleurs je fais bien… une accalmie semble s’opérer pour le second service … les moteurs ont du faiblir l’allure…

12 h 00 : pratiquement pas de gîte pendant le repas … les mugs glissent un peu sur la table tout au plus.

Au menu :
- saumon fumé & terrine de saumon
- gigot et légumes (haricots verts, flageolets et pommes dauphines)
- plateau de fromages
- génoise à la crème de framboises.


15 h 00 – Il fait vraiment un soleil radieux mais tout de même le fond de l’air est frais sur le Belem… Le zodiac est mis à l’eau pour notre
débarquement sur l’île… Avec Sylvain et Pierre, on attend pratiquement le dernier zodiac en partance sur Grande Île… Je monte sur la dunette pour regarder Chausey avec les jumelles de la timonerie… il y a du monde sur la plage. Visiblement les criques sont à l’abri du vent là-bas… Inutile de s’embarrasser de veste, la polaire, un pull léger et un t-shirt feront l’affaire.

Nous embarquons dans le dernier zodiac piloté par Nicolas, Arnaud nous rejoint (pour une fois qu’il n’est pas de service pendant les escales !).
Arrivés au débarcadère, nous empruntons un sentier côtier et contournons Grande Ile par la gauche pour apercevoir le Belem au mouillage au large…L’équipage doit être déjà entrain de s’affairer sur la réparation de la barre.



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......................................................................................Le Belem au mouillage.......................................Les beautés de l'île de Chausey

Pendant qu’Arnaud et Sylvain prennent les chemins de traverse pour joindre la crique abritant la plage, j’accompagne Pierre sur le sentier qui surplombe le chaos de rochers en contrebas, là où se sont aventurés les garçons.
A cette saison, l’île est recouverte de fleurs diverses et variées aux couleurs infinies… les ajoncs dominent de leur teintes dorées… une exaltation de sens. Nous sommes dans un jardin pictural extraordinaire avec un semblant de lagon turquoise en toile de fond.

Nous faisons la jonction des chemins avec Arnaud et Sylvain pour joindre ensuite la direction du port en coupant au travers de l’île… Pierre nous abandonne pour se reposer un peu. Nous poursuivons à 3 notre visite… Notre idée de passer par le sable ne s’avère pas la meilleure solution… une vraie pataugeoire glissante où il faut tenter d’adhérer plutôt aux paquets de goémon… On rebrousse chemin en escaladant les rochers pour se retrouver sur un petit promontoire qui nous offre une superbe vue à 180 ° au beau milieu des ajoncs… Notre repère aboutit en contre bas dans le jardin d’une brave et sympathique dame qui semble avoir l’habitude de trouver des touristes perdus sur sa propriété… nous nous confondons en excuses et lui souhaitons une bonne journée…

Nous croisons Marjolaine et un petit groupe de stagiaires qui nous conseillent de continuer notre chemin pour voir un amas de roches qui ressembleraient à un éléphant… On a beau eu le chercher on l’a jamais trouvé… on a plutôt eu l’impression d’avoir vu une silhouette de dromadaire avec cependant beaucoup d’imagination.

Notre intérêt se porte plutôt sur deux épaves de bateaux jonchées sur le sable … Ce cimetière marin prend l’apparence de carcasses de baleines échouées… la plus triste fin que puisque connaître un navire... et en même temps ce spectacle est superbe et saisissant.


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..................................................................................................................................Epave de bateau

Il est 17 h 30 passées, il nous faut rejoindre l’embarcadère pour les horaires du zodiac… nous longeons une grève sauvage qui doit faire le
bonheur des ornithologues,… plus loin un petit étang discret parmi les roseaux… Nous passons devant le fort pour regagner les habitations en contrebas… Pierre nous attend… il n’est pas tout à fait 18 h 00 et notre groupe de stagiaires est assez important devant l’embarcadère pour faire plusieurs aller-retours de zodiac… Nous avons le temps de prendre un rafraîchissement en terrasse.
C’est Bernard qui vient nous récupérer pour nous ramener sur le Belem.
Nous embarquons avec Bruno, le journaliste de TF1qui propose de filmer une séquence mais sur les conseils de Bernard la caméra reste sous sa protection plastique… et une caméra de sauvée ! une ! … Utiliser le matériel dans une telle embarcation, peu stable, avec 6 personnes à bord est beaucoup trop hasardeux pour du matériel sophistiqué et fragile.

A bord, l’équipage s’active déjà dans le Grand Roof pour le service du traditionnel punch. L’appel est lancé pour la dégustation du « médicament ». Lorsque j’entre dans le Grand Roof je reste impressionnée par la vision de la barre fixée à plat sur des tréteaux et serrée de part et d’autre par des étaux. Ebahie, je lâche un « waow ! impressionnant ! ». Le Commandant à côté de moi s’en amuse et répète « impressionnant hein ! »… bah oui il y a de quoi quand même :o)

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......................................................................................... .............................Avarie réparée et traditionnel punch

On trinque à l’équipage, au stage et à la réparation de la barre qui va nous ramener à bon port demain. La réparation est impeccable c’est tout juste si on voit l’avarie … l’équipage a vraiment fait un travail d’orfèvre !

Le punch se poursuit sur le pont pour profiter de plus d’espace… Séance photos sympa avec Gwen, Arnaud et Nicolas…Hervé commence à entonner des chants marins … repris en chœur par l’équipage…

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......................................................................................................................heu... ça c'est pendant le punch...

La cloche du repas nous interrompt dans cette bonne humeur… ce soir un seul service…Hervé à ma gauche, Gwen en face et Christophe à sa droite…
Nous avons droit à :
- une soupe marocaine (Christophe qui fait le service à table me remplit le bol à ras bord… ça va il n’y a pas de gîte nous sommes au mouillage) / lotte en papillote et riz en sauce / plateau de fromages / fruits.
Tout le monde coopère pour débarrasser… Ce soir ceux qui le souhaitent peuvent retourner sur Chausey… J’aide Sylvain à la vaisselle dans les cuisines bien que je ne sois pas de service. José fait le pitre et embête Patrick…quelle ambiance dans cette cuisine toujours animée :o) Mais un seul repas c’est deux fois plus de vaisselle … ça nous semble interminable ce soir à tout essuyer ! Pauline nous donne un coup de main pour redescendre la vaisselle dans le faux pont… en plus des assiettes c’est vrai que nous avons les bols du potage !

Du coup, nous partons dans le dernier zodiac pour nous rendre sur l'île…pour l’ambiance c’est pas plus mal puisque nous sommes avec Gwen, Agnès, Quentin, Nicolas et Arnaud au pilotage… pour l’ambiance seulement car nous ratons copieusement notre départ à trop chahuter et nous nous prenons une vague de plein fouet … je suis assise à l’avant et littéralement trempée de la tête aux pieds… tant pis …au fond c’est plutôt drôle (je l'aurai pris mon bain de mer ! :o)… et avec la vitesse et les bonds du zodiac à vive allure pas le temps de sentir le froid… trop cramponnée …surtout ne pas lacher :o)
C’est marée haute et l’embarcadère est complètement recouvert… on doit accoster vers une jetée… c’est un peu folklorique car il faut
débarrasser la jetée des barques qui l’encombrent.
José et une autre partie de l’équipage rentrent déjà se plaignant que les habitants de l’île sont inhospitaliers.
Il a pas tort José ! On essuie nous aussi des refus des deux aubergistes. Gwen a beau dire que nous sommes pas des touristes mais
l’Equipage du Belem… pas de régime de faveur…


Tant pis… nous improvisions une petite visite pratiquement nocturne … Agnès, Gwen et Quentin se prennent en photo bruyamment sur la plage :o)
Gwen est impressionnant : toujours d’humeur enjouée et débordant d’énergie ! :o) il n'arrête pas, avec lui l'ambiance est assurément bonne.

… Sylvain sur son rocher au bord de l’eau médite…Nicolas assis dans le sable est plongé dans ses pensées… et moi sur mon rocher je regarde au loin la mâture du Belem sous les projecteurs… et l’éclat blanc du phare de Chausey… C'est la dernière fois que je peux le contempler ainsi...
Demain c’est le retour… j’ai le vague à l’âme… je crois bien que d’autres aussi …

Nous regagnons avec Nicolas et Sylvain le lieu d’embarquement, les deux journalistes de Voiles et Voiliers sont assis sous les fenêtres d'une maison aux abords de la jetée et discutent…sûrement du montage de leur reportage... nous ne les dérangeons pas.

On entend le moteur du zodiac s’approcher, pas de Robinsons ce soir c’est bien Arnaud qui revient nous chercher… :o)
Après avoir encore bavardé avec Sylvain sur le pont et le spardeck lors de la remontée du zodiac sur le bateau … je décide d’aller prendre une bonne douche avant de dormir … il est 00 h 15 … mais j’ai l’impression d’être un poisson en croûte de sel à cause de mon bain de mer improvisé dans le zodiac.

00 h 35 je suis dans ma bannette … quelques notes … j’éteins ma veilleuse pour une bonne nuit de sommeil … près de 6 h 30 ! un luxe que je ne m’étais pas accordée depuis quelques jours :o)

Dimanche 23 mai 2004
 

 

07 h 00 - Petit déjeuner

07 h 30 - Douche, suivi de la préparation du paquetage... aujourd'hui c'est le dernier jour à bord et je sens que j'ai déjà le moral qui en prend un coup.
Je suis et j'ai toujours été comme ça... j'enclenche un décompte des heures qu'il reste lorsqu'un évènement approche de la fin... c'est plus fort que moi.
Je roule mon sac que couchage que j'enfourne dans mon sac...Evidemment, le sac ne ferme pas ! Bon c'est vrai que j'ai fait quelques emplettes à la boutique... mais le temps est aussi plus clément qu'au départ de Saint Nazaire et il faut bien faire rentrer les pulls cette fois.
Bon, je n'insiste pas ... j'irai demandé à Nicolas un sac "Belem" à la boutique dans la journée. Les sacs sont vraiment chouettes... au moins je pourrai ranger mes appareils de photos et ma trousse de toilette.

Pas mal de stagiaires attendent le dernier moment pour faire leurs sacs... au moins, ce sera fait et je profiterai ainsi pleinement des derniers moments sur le spardeck.

08 h 00 - Rassemblement dans le Grand Roof. Eric nous annonce le programme de la journée. Déjà une excellente nouvelle la barre a retrouvé sa place devant la tortue sur la dunette... guérison complète ! aucune cicatrise apparente !
Les vents ne sont pas favorables pour le moment pour appareiller à la voile... ils devraient tourner vers les environs de 09 h 30 d'après les prévisions météo.

En attendant les manoeuvres, Patrice nous donne un cours technique sur la voilure et les virements de bord au pied du mât de misaine.
Les deux journalistes de Voiles et Voiliers en profitent pour mettre quelques mètres sur la pellicule. Le cours de Patrice est concis et fort intéressant... 17 ans à bord, le Belem n'a plus de secret pour lui.

Le changement de vent est ponctuel, nous appareillons.
Le soleil est limpide, le ciel azur et le fond de l'air est un peu frais.

12 h 00 : je suis du deuxième service
Notre dernier repas à bord est encore une fois digne des meilleures tables, ça va être autant plus dur de se réhabituer à notre propre tambouille et retrouver les sandwichs avalés sur le pouce au bureau devant l'ordinateur !
A midi nous avons donc au menu :
- gambasses cuisinées & mayonnaise
- magret de canard, frites
- plateau de fromages
- chou à la crème avec glaçage (que du bonheur ;o)

En début d'après midi, nous mettons le cap sur le Mont Saint Michel... la petite pyramide posée sur les eaux nous narguera au large, jusqu'à notre virement de bord pour regagner notre itinéraire : la Cité Corsaire nous attend de nouveau toute à l'heure, fière d'accueillir le Belem dans son bassin Vauban au pied des remparts.

Je descends dans le faux pont pour chercher mon Manuel du Gabier Manoeuvrier... j'ai dans l'idée de le faire dédicacer par tout l'équipage ! Commençons par mettre le Commandant à contribution, privilège du grade oblige :o) ... Eric cherche un stylo mais j'ai tout prévu, quelle organisation !... je sors de la timonerie pour le laisser rédiger tranquillement...
Ma seconde cible arrive, et hop le Lieutenant Arnaud me dédicace à son tour mon manuel... je vais en quête de chaque membre de l'équipage pour collecter un petit mot... je recompte... ça y est je les ai presque tous même Nicolas toujours occupé ;o), Bernard qui me demande par écrit ce que l'on va casser la prochaine fois ! :o) Ben rien j'espère :o). Il ne me manque que Jean-Claude, qui passe la plupart du temps dans la salle des machines ... dommage. Autant de petits mots sympathiques qui resteronts des souvenirs immuables de plus.

Nicolas a réouvert une dernière fois la boutique. j'en profite donc pour acheter le sac "Belem" pour finir mon packtage. Je prends aussi le livre "Babar autour du monde" de Pierre Raffin-Caboisse à Charles (et oui son fils !) qui dispose de quelques exemplaires à bord. Le tour du monde de ce petit langoustier invite fortement à la lecture, j'aime ces récits de vraies aventures. Je demande à Charles une petite dédicace sur le livre. Merci Charles :o)

A l'approche de Saint Malo, je
discute un bon moment de photos numériques et de site web à l'avant de la timonerie avec Arnaud.
Viennent les manoeuvres, le pilote monte à bord... nous nous regroupons sur le spardeck alors qu'une partie de l'équipage s'affaire sur le gaillard avant.

Le passage de l'écluse nous prend beaucoup plus de temps que prévu... nombreux sont les voiliers de plaisance qui s'engouffrent avec nous dans l'écluse, nous sommes dimanche soir et la journée ensoleillée à incité à la plaisance.
J'imagine qu'ils sont tous fiers de se retrouver le long de la coque noire élégante du 3 mâts... C'est un peu folklorique... on dirait une rentrée sur le périphérique de Paris à un retour de week-end ! Un voilier nous frôle de très près... ouf son étrave stoppe de justesse à l'avant tribord... Deux autres manquent l'accrochage... Les voiliers doivent se stabiliser pour passer ensemble ... Nous prenons aussi des amarres d'autres voiliers... je suis sur le pont inférieur pour prendre des photos... Le Lys Noir est là aussi... Un bout est lancé, je l'attrape au vol et le tend à Hervé...
Nous devions normalement être à quai à 19 h 00, nous allons avoir plus d'une heure de retard mais personne ne se plaint bien au contraire ces minutes supplémentaires grappillées sur le Belem nous les savourons encore !

Je me faufile à proximité de la passerelle avant que les stagiaires ne débarquent. Une tâche importante m'incombe... suivant les traditions parfois pratiquées de remettre une petite corbeille de dons pour l'équipage de la part de tous les stagiaires. Pauline a insisté pour que ce soit moi qui remette la petite collecte étant donné que je suis à bord depuis plus longtemps que les autres. Notre corbeille n'est autre qu'une boite de conserve débarrassée de son étiquette que nous avons chapardée le matin même dans la cuisine avant que les 2 cuisiniers ne s'y affairent ... on fait avec les moyens du bord. Je cherche des yeux Patrice (le Bosco) parmi l'équipage, regroupé au pied de la dunette pour saluer une dernière fois les stagiaires. Il est là ! Je lui remets la boîte en bredouillant " voilà de notre part à tous pour l'équipage".


C'est le moment des au revoir. Les stagiaires quittent peu à peu le navire... Sylvain tient à faire monter sa pitchoune sur le Belem, dans les bras de sa maman Cécile, elle visite le pont sous le regard fier de son père :o)
Tous les visages sont illuminés de sourires sur ce bateau ... d'un bout à l'autre de mes stages, je n'ai vu et côtoyé que des gens radieux, communiquant leur passion avec bonheur... ici, on semble être dans un cocon à part, loin de tous les tourments médiatiques qui se trament dans la société... la seule préoccupation que nous avons eu était la bonne marche du navire, tout le reste nous importait peu... et franchement ça fait un bien fou... mais au prix que le retour à la vie de tous les jours, sans transition, soit plus dur encore.

Nicolas me redemande de rester ce soir pour la petite animation prévue à bord, vu que je ne repars sur Paris que demain... Evidemment c'est tentant, je comptais suivre Marjolaine, Sylvie et quelques autres pour un petit restau sur Saint Malo mais je les avais prévenus que c'était sans certitude du coup, par contre je suis un peu gênée, c'est une petite fête organisée en l'honneur d'Eric avec ses amis, je ne veux pas m'imposer... Arnaud aussi, me propose de rester ainsi que Patrick le chef cuisinier... A ce moment là, Eric arrive sur le pont et les 3 compères de lui demander en coeur leur requête... je ne sais plus où me mettre :o)
Avec un grand sourire Eric me propose de rester "ah une fille de plus à bord ça ne se refuse pas ... bien sur vous être des nôtres"... merciiiii, bon ben je reste alors ;o)
C'est vrai que l'on a du mal à le quitter ce Belem ainsi que l'équipage !

Pauline aussi reste ... cool nous sommes 2 ! Les invités commencent à arriver... un punch se prépare sur le spardeck avec des petits canapés. Pour l'occasion une toile est tendue sur le spardeck pour protéger un peu du vent... un gros projecteur éclaire le pont...sous les regards protecteurs des remparts de la Cité Malouine. Un petit groupe de musiciens (connaissances de l'équipage) commence à entonner des chansons. Ils sont vraiment très talentueux et les paroles accrocheuses reçoivent les applaudissements amplement mérités... Nicolas se charge de faire quelques photos souvenirs.
Break avec un buffet froid installé dans le Grand Roof transformé en luxueuse salle à manger.


C'est ensuite l'équipage accompagné par un accordéoniste qui reprend des chants marins sur le pont babord... Il faudra que j'apprenne les paroles pour mes futurs stages :o) ... certaines chansons sont vraiment belles et vous donnent le frisson !

Nous remontons ensuite sur le spardeck pour une autre prestation des musiciens. Décidément, ils savent animer et mettre l'ambiance ! Un régal.
Nicolas veut absolument me faire danser un rock... bon je le préviens que ce n'est pas partie gagnée avec moi - bon prof mais mauvaise élève ;o) - je lui donne du fil à retordre sur plusieurs morceaux :o) Ah décidement Nicolas à une patience légendaire ;o)
Hervé n'a pas plus de chance lors de son invitation ... je suis un vrai manche à balai :o) ... ah cette soirée est vraiment sympa !
Je discute avec Jean-Claude et Pauline qui ont pour point commun d'être Corses tous les deux... On s'entend super bien avec Pauline, il faut vraiment que nous refassions des stages sur les mêmes dates les prochaines fois... Ah je parle déjà au pluriel... quand on goûte au Belem on attrape le virus ! ;o)

3 h 30 le spardeck se vide peu à peu ... finalement on va reprendre nos chères bannettes pour une nuit encore ... une nuit courte ... mon train est dans 6 h !

Ce soir c'était magique ... être sur ce mythique Belem en compagnie d'un équipage au combien sympathique et ce dans le plus beau décor malouin que l'on puisse lui souhaiter : Saint Malo, une ville que je connais bien et que j'affectionne particulièrement. Des petits instants de bonheur qui se savourent dans une vie !

Je m'endors habillée dans mon sac de couchage...

Lundi 24 mai 2004
 

07 h 20 :
Je crois que c'est à peu près à cette heure ci que je me suis réveillée. J'avais anticipé et mis mon téléphone sur la fonction réveil pour 7 h 30. La nuit a été courte en se couchant à 03 h 30 et j'avais peur de pas me réveiller. J'ai un train ce matin à 09 h 54 ... je dois décaler à 09 h 00.
J'ouvre le rideau de ma bannette et j'aperçois Sébastien et Quentin qui font un tour de ronde pour réveiller tout ce petit monde qui a fait la fête hier soir.
Je croise Pauline dans les sanitaires ... elle n'a pas beaucoup dormie non plus.

J'entreprends de plier mon sac de couchage sur la grande table réfectoire de la batterie et de bloucler mes sacs. Nicolas passe à ce moment là et m'invite à prendre un café sur le pont à la cuisine. Je lui emboite le pas.
L'équipage s'affère déjà sur le pont et sur le spardeck. Pauline me rejoint... Il est temps de faire le tour du bateau pour dire au revoir et faire la bise à tout le monde.
On commence par le spardeck, puis la timonerie où Arnaud et Nicolas discutent... ils me promettent de m'envoyer une petite carte postale de la Baltique :o) ... en descendant l'échelle je croise Eric que je remercie pour son accueil à bord. Chouette j'ai droit à la bise du Commandant ! ... je vais trouver les derniers matelots à l'avant du pont pour faire mes adieux...

Bientôt 09 h 00, le Belem doit effectuer une manoeuvre pour changer d'emplacement sur le quai ... un autre navire est prévu sur l'emplacement... si je ne me sauve pas je vais râter mon train ensuite. Je dis au revoir à Pauline, une fille vraiment géniale... on promet de rester en contact.
Je hisse mon sac sur les épaules... pfff il est lourd et les anses ne sont pas franchement faites pour ça à la base, j'attrape mon sac polochon Belem où j'ai fourré mes appareils photos et mes papiers... je passe la passerelle et je me retrouve sur le quai... C'était sans compter un dénivellement du sol qui me fait basculer en arrière... mon sac à dos énorme me déporte et me fait chuter... belle gamelle... plus de surprise que de mal heureusement encore que je me fais une légère entorse à ma cheville droite fragilisée depuis une mauvaise chute de judo...
Eric sur la dunette est surpris "Ben alors ?" ... ben voilà on va croire que j'ai le mal de terre alors qu'il en est tout autre :o) ... je fais signe que tout va bien.
Cette fois je dois y aller ... je longe la coque noire ... je me retourne à plusieurs reprise sur le quai ... jusqu'à ne plus voir les mâts ... ça y est c'est fini... j'ai la gorge nouée, la pudeur m'empêche de verser une larme mais je la sens pas loin...Direction la gare, ma cheville est légèrement douloureuse et mes sacs sont lourds...

09 h 35 : Petit coup de fil à mes parents de la gare pour donner des nouvelles, j'avais promis de rappeler hier soir mais comme je suis restée à bord je n'ai pas rappelé.

09 h 54 : Je suis dans le train TER Saint Malo / Rennes. Une drôle de sensation de vide m'envahie. J'ai un gros coup de cafard quand le train s'ébranle. Je m'éloigne de cette ville que j'affectionne particulièrement. Quel plus bel écrin pour accueillir le Belem. Quitter à la fois le Belem et Saint Malo est tout simplement un déchirement.
Je n'ai nulle envie de rentrer sur Paris. Je sais déjà que les prochains jours vont être difficiles. C'est clair que je vais saôuler mon entourage à raconter encore et encore mes stages... en même temps en parler me fait le plus grand bien. Un exutoire de nostalgie passager.
Je me console en me disant que d'un côté une bonne partie de l'équipage est en vacances et que la relève arrive... Petite consolation car on s'attache aussi aux gens que l'on cotoie... Nicolas et Arnaud, les deux Lieutenants, eux, continuent le voyage pour la Baltique. Ils sont contents à l'idée de découvrir ces horizons du grand nord qu'ils ne connaissent pas... je les comprends, je les envie aussi et surtout je suis heureuse pour eux. Je regarde par la vitre du train la verdoyante campagne bretonne qui défile. L'horizon bleu, matrice du Belem, me manque déjà. J'ai découvert pendant 10 jours le pouvoir attractif de l'océan... le doux bruit de fond et cette légère gîte berçant mes heures de bannette... je m'y sens bien. J'y retournerai je me le promets à moi-même...


Ce bateau on en tombe amoureux !
Belem au revoir et non adieu ... je reviendrai promis ! :o)

Voilà... je referme ici mes notes ... que je prendrai plaisir à lire et relire sûrement... si vous êtes arrivés au terme de ce récit, j'espère que vous aurez partagé un peu la passion que j'éprouve pour ce bateau et peut-être vous aurai-je donné l'envie d'embarquer à votre tour ou de retourner à bord ?

Je remercie encore tout l'équipage pour son accueil chaleureux à bord : Eric, Bernard, Arnaud, Nicolas, Patrice, Jean-Claude, Marcel, Patrick, Pépé, Hervé, Charles, Sébastien, Gwen, Christophe, Quentin, José.

... ;o) et merci à Nicolas et Arnaud pour leur sympathique carte postale de la Baltique ...



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