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STAGE 24D - SAINT MALO / FECAMP

 

Fondation Belem


Bonne lecture !

NB : VOUS RETROUVEREZ L'INTEGRALITE DES QUELQUES PHOTOGRAPHIES PRESENTES
DANS CE CARNET DE BORD SOUS LA RUBRIQUE
BELEM - STAGE N°24D



Samedi 09 - dimanche 10 - lundi 11 septembre 2006

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Rien de tel qu'un séjour dans la Cité Corsaire lors d'un un week-end de grandes marées... Un coefficient de 115 annoncé pour samedi... de quoi profiter des paysages malouins d'habitude plus pudiques, cachés sous des eaux turquoises et émeraudes. Trois petits jours avant d'embarquer mardi matin sur le Belem.


Retour aux sources d'une passion ... premier face à face avec le Belem dans la Cité Corsaire : c'était le 9 juin 2003, une rencontre qui changea quelque peu le cours de mon existence... désormais le trois-mâts fait partie de ma vie... Quand on le rencontre on ne peut l'oublier, c'est ainsi... ceux qui en ont fait l'expérience peuvent en témoigner.

Pour l'heure, le trois mâts est encore à quelques milles au large et ce sont les couleurs vives des petits Hobbies Cat sur la plage qui volent mon attention. Flânerie sur les remparts face à la plage de Bon Secours, petite visite à Chateaubriand sur le Grand Bé. Un généreux soleil enlace la croix de granit dressée d'habitude à l'assaut des embruns et fouettée par les vents.


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.........................................................................Voir la série de photos du Belem à Saint Malo

Une silhouette se profile sur l'horizon... trois petits millimètres reconnaissables entre tous...encore trop loin pour l'objectif... J'attends patiemment qu'il se rapproche armée du 70-300 mm, prête à déclencher. Premiers frissons, émotions à fleur de peau... ce fameux "effet Belem" qui vous accélère les pulsations cardiaques ... moment délicieux des retrouvailles...

Le Belem va s'amarrer à un coffre devant la grande plage de Dinard. Un mouillage en attendant la marée haute pour pouvoir entrer dans le Bassin Vauban. J'ai donc encore quelques heures à occuper devant moi. Je choisis de déambuler dans les ruelles animées de la Cité close, les touristes y affluent encore en masse en ce début d'arrière-saison prometteur.

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.....................................................................................Idem que la série ci-dessus

Le soleil amorce sa lente descente flamboyante sur l'horizon. 20 h 00, mon portable sonne... Tiens c'est Denis à bord ...
"Alors t'es où ? T'es arrivée à Saint-Malo ? ... "Oui oui !! je vous vois depuis les remparts !" ... "Attends je dois participer à une manoeuvre, je te passe Charly" ... Charly m'explique qu'ils sont entrain de quitter le mouillage pour allez s'engager dans le sas. Rendez-vous pris sur le quai pour les arriver. "Ok ! à tout de suite !"

La coque noire et les faux sabords s'habillent d'une parure d'or lorsque les rayons du soleil surprennent le Belem sur bâbord... En longeant les remparts, je ne peux m'empêcher de tendre une oreille attentive pour écouter les propos des passants eux-aussi subjugués : "Il est trop petit, ça ne doit pas être le Belem ?" "Tu crois ?"... "D'ici, le nom semble court sur la coque, je n'arrive pas à lire... mais ce doit être lui !" ..."Waaaaah il est superbe !!!" ... j'esquisse un sourire. Je suis tiraillée par l'envie de m'arrêter pour discuter avec les gens qui s'interrogent, je pourrais les renseigner, leur parler du trois-mâts... zut et puis non,... je préfère pour une fois profiter égoïstement de cet instant.

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Dimanche matin, ... je vais faire quelques photos sur les quais sous un soleil qui s'annonce ardent pour une fin d'été... Le Belem va partir en mer aujourd'hui pour une journée de privatisation ... une société a affrété le bateau.

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.....................................................................................Idem que la série ci-dessus


Un des avantages de séjourner à Saint-Malo, c'est que la cité corsaire n'est pas avare en vieux gréements. Elle représente de plus un écrin magnifique pour les voir évoluer sous voiles...

En cette fin d'après-midi dominical,
une partie de la flotte des vieux gréements exploités par Etoile Marine Croisières (appartenant à Bob Escoffier) font un festival sur l'eau...

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...........................................................................Série de photos sur Etoile Molène & Etoile Polaire

L'Etoile Molène, tout dessus, reconnaissable avec ses voiles bicolores et l'Etoile Polaire font des ronds sur le plan d'eau,... pas de répit pour l'objectif !
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La météo a parfois ses humeurs et on est bien obligé de faire avec !

En ce lundi matin, le ciel couvert n'annonce rien qui vaille et ne laisse pas présager la moindre éclaircie ... Je me décide quand même à gagner la jetée du Môle des Noires pour être aux premières loges lorsque le Belem sortira de l'écluse du Ney.

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.........................................................................Voir la série de photos du Belem à Saint Malo


Finalement, la grisaille tenace du matin sublime le Belem qui part prendre le large... s'enfonçant sur un horizon gris acier des plus menaçants...
Je passe la journée avec Emilie que je retrouve sur place... Déjeuner à la crêperie sur les remparts, puis balade sur la grande plage des brises lames pour que ses deux chiens se dégourdissent les pattes... mais l'orage vient nous surprendre et c'est sous la pluie que nous nous réfugions dans la cité corsaire.

Je récupère ensuite Ségolène et Didier, deux stagiaires récidivistes qui embarquent eux aussi demain... Notre petite troupe part accueillir le Belem qui arrive dans le Bassin Vauban.

Dîner "crêpes" pour faire local et retour à l'hôtel pour une nuit normale de terrien... rien de plus à raconter si ce n'est : vivement demain !



Mardi 12 septembre 2006


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L'embarquement est prévu à 09 h 00.
Avec Ségolène nous prenons congé de l'hôtel Nautilus où j'ai l'habitude de faire escale lorsque je viens à Saint-Malo. La gérante commence à bien me connaître et à chaque fois ne manque pas de me questionner sur mes embarquements... je pense même qu'elle rêve d'embarquer un jour à bord.

Une fois sorties des remparts intra-muros par la Porte Saint Vincent, c'est la brume qui nous accueille. Tout semble dans le coton, comme une aquarelle trop délayée par l'eau.
La mâture du Belem se distingue à peine tant la visibilité est réduite. La météo n'a pas jugé bon de s'améliorer depuis hier... dommage, le Belem va faire un départ discret.!

Première prise de contact avec le navire : les incontournables formalités d'embarquement. Jean-Alain, le Second Capitaine, accueille les stagiaires dans le grand roof. Je fais l'acquisition de la moque n°57 / 1er tiers, comme à mon tout premier embarquement. Souvenir souvenir…10 jours en mai 2004 étalés sur trois stages : Saint-Nazaire / Brest / Saint-Malo avec une boucle supplémentaire autour de Saint-Malo avec un mouillage aux Îles Chausey - petit paradis sur l'eau… Je range en vitesse mes effets dans le caisson, en laissant la moitié dans mon sac que je glisse sous la bannette… Retour sur le pont.
Armand, membre de l'Association des Amis des Grands Voiliers m'interpelle. Il est venu accompagnée, Michelle, une amie récidiviste qui embarque.

A 09 h 30 avant le départ, nous nous réunissons dans le grand roof pour le briefing d'accueil du Commandant Michel Péry.

Présentation du navire et de l'équipage :

- Le Commandant : Michel Péry
- Le Second Capitaine : Jean-Alain Morzadec
- Les Lieutenants : Jean et Clément
- Le Chef Mécanicien : Frédéric
- Le Bosco (Maître d'Equipage) : Patrice
- Les Matelots Gabiers Instructeurs : Jérémy / Alain / Fred / Mickaël / Lionnel / Denis / Jean-Didier / Antoine
- Les deux Cuisiniers : Emma et Jérôme

Jean-Alain occupe exceptionnellement la fonction de Second Capitaine. Il a déjà commandé le Belem cette année, notamment sur la Longue Route entre Marseille - Lisbonne - Nantes en juin dernier…
Du coup le Commandant plaisante et nous raconte qu'il s'assure fréquemment qu'il n'y a pas de fil tendu au travers de la descente qui conduit aux logements des Officiers… sait-on jamais…sait-on jamais ! Le poste est tellement prisé...qu'il faut se méfier des collègues. L'ambiance conviviale est posée ! Les stagiaires habitués le savent et apprécient l'humour, les nouveaux sont rassurés, ce ne sera pas l'armée à bord, si tant est que le réglement les ai un peu inquiétés.
A rappeler quand même que le Belem n'est pas un navire de la Marine National mais un navire marchand pour ceux qui auraient encore des doutes.

Jean-Alain enchaîne ensuite avec les consignes de sécurité à respecter à bord : "Pour les fumeurs évitez de remplir la batterie de neige carbonique".

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09 h 50 - L'heure du départ a sonné... les amarres sont larguées. Le Belem déhale. Il doit faire un demi tour pour se présenter devant l'écluse. Nous sommes tous montés sur le spardeck pour ne pas entraver les manoeuvres. De toute façon, nous n'avons pas accès à la dunette ni au gaillard pendant l'opération... sécurité oblige, une aussière peut lâcher à tout moment.


10 h 10 - Le Belem prend place dans l'écluse du Ney. La visibilité est plus que réduite, la brume semble s'épaissir à vue d'oeil. Le Brittany Ferry à quai au terminal des îles anglo-normandes ne se distingue plus guère ... ce grand mur blanc s'estompe petit à petit au point de disparaître...
L'écluse nous rend notre liberté après une bonne demi heure. Nous prenons le large aux moteurs sous pilote automatique sans voir grand-chose… La vision de la Cité Corsaire laissée dernière nous n'est qu'imaginaire dans les esprits les plus imaginatifs.
Vent nul, visibilité nulle à 180 mètres. Départ des plus fantomatiques... on aurait voulu faire plus discret...

Début de stage où les stagiaires apprennent à se connaître... après quelques échanges sur le spardeck, je descends retrouver Ségolène et je fais connaissance avec Gladys dont j'ai beaucoup entendu parler mais que je connais pas encore. En fait, nous avions fait un stage commun en 2004, ces fameux 2 jours de boucle autour de Saint-Malo - trop courts pour avoir eu le temps de vraiment sympathiser.
Nous discutons à bâtons rompus comme pour rattraper le temps perdu...Quand trois récidivistes se retrouvent…autant dire qu'elles ont des tonnes d'anecdotes de stages à se raconter entrecoupées immanquablement d'éclats de rire.

En l'absence fort regrettable de Pierre sur le stage (un problème familial condamnant son embarquement), Ségolène a pu négocier avec le Second Capitaine son changement de tiers afin d'incorporer le nôtre. Toutes les 3 affectées au premier tiers... ça promet de grands moments !

12 h 00 - Nous descendons prendre notre premier repas à bord : plateau de charcuterie / côte de porc et pommes de terres frites / tiramisu (une petite pensée à Véronique à qui trois parts ne font pas peur)... de quoi bien caler les estomacs pour empêcher le mal de mer de s'installer chez les sujets les plus sensibles.

Lorsque nous émergeons repus sur le pont la visibilité semble s'être améliorée.

14 h 00 - Le Commandant nous réunis à nouveau dans le grand roof pour notre premier vrai briefing.
Pour commencer une petite explication sur le gréement actuel. Pour ceux à qui cela aurait échappé, il manque la vergue du Petit Perroquet sur le mât de misaine. En fait, elle a
été cintrée au cours d'une manœuvre en août dernier et à du être descendue du mât.
Au final le navire se trouve amputé d'environ 200 CV
puisqu'à cause du Petit Perroquet manquant, il n'est pas possible d'établir non plus le Petit Cacatois, les écoutes passant par les flèches de vergues...
Il est prévu de faire un gréement de fortune à Fécamp en descendant le Petit Cacatois à la place du Petit Perroquet en attendant qu'une nouvelle vergue soit fabriquée… Normalement la livraison est prévue pour le 8 octobre prochain à Brest…la commande est passée. Le Belem retrouvera donc bientôt son gréement complet.

Puisque la conversation est orientée sur le gréement, nous apprenons quelques petites précisions intéressantes :
........ - les bas mâts datent de 1914
........ - la quête des mâts est de 4°5

........ - le mât de misaine fait 50 cm de moins que le grand mât
........ - la Grand-Voile d'étai était autrefois appelé la "pouillouse" à cause des fumées noires qui s'échappait des cuisines juste en-
.......... dessous
........ - on dénombre 386 poulies à bord


Petite information amusante à noter pour les schémas explicatifs qui seront dessinés sur le tableau blanc : " Dans le grand roof le vent vient toujours du Nord "... ça peut aider pour la compréhension.

Conçernant notre position actuelle, nous trouvons à l'ouest des Minquiers, un archipel normand situé au sud des îles anglo-normandes et qui fait partie du baillage de Jersey. Les bateaux qui croisent dans les parages connaissent bien ce plateau granitique constellé d’une multitude d'écueils qui se découvrent uniquement à marée basse.
Le courant portait dans la Baie de Saint-Malo à notre départ, il a opéré un changement à 13 h 00 pour porter vers l'Ouest. "A la voile, on peut faire tout ce que l'on veut… s'il y a du vent". Nous verrons bien ... nous avons 4 jours pour rallier Fécamp ce qui ne devrait pas nous poser de problème, d'autant qu'en droiture 155 milles seulement séparent Saint-Malo de Fécamp.
Le briefing prend fin à 15 h 40.

Après ces renseignements nautiques fort instructifs, un peu d'exercice pour se dégourdir les membres. Il est temps d'habiller le Belem. Tous parés à la manoeuvre pour hisser les voiles pendant que Jersey défile à tribord.

17 h 00 - Je prends la barre pendant une heure. Route au 360°. Notre dérive est de 2 nœuds.
Une bouée de casier rose fluo plonge sous le navire … ouf … elle ressort aussitôt… elle aurait pu avoir la mauvaise idée d'aller se figer dans le safran... Impossible de chercher à l'éviter.
Le phénomène des courants est impressionnant à cet endroit ! Ils sont tellement forts que nous avons l'impression que le bateau recule. Les bouées que nous croisons semblent motorisées et nous filent littéralement sous le nez, creusant un sillage derrière elles ! C'est à la fois étonnant, amusant mais aussi rageant ! Se faire doubler par des bouées ! m'enfin !
Leur assaut dûre un petit moment puis elles nous laissent enfin tranquille.

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18 h 00 - J'abandonne la barre pour participer à l'exercice d'abandon sur le spardeck. Distribution des brassières orange fluo (le fluo est à la mode cet après-midi ! après l'attaque des bouées agressives ! les brassières !) entassées dans deux coffres en bois à l'arrière du pied du grand mât. Nous écoutons attentivement les consignes que nous délivre Jean-Alain sur la procédure d'évacuation et la composition des effets contenus dans un canot.

Le soleil faisant une percée discrète entre les nuages, les stagiaires en profitent pour lézarder un peu sur le pont, mais Alain rassemble bien vite les troupes et improvise un cours sur le gréement courant... pas de répit ce n'est pas la croisière s'amuse... nous sommes là pour apprendre tous les secrets de la voile traditionnelle ou du moins essayer d'en percer quelques mystères.

Repas à 20 h 00 : salade de pommes de terre & poisson fumé / émincé de volaille sauce au curry & gratin de pâtes / yaourt aux fruits.
Les gabiers à table avec nous, profitent que nous soyons tous réunis autour de la table nous donner des consignes sur le tri sélectif à appliquer à bord. Le Belem est un navire soucieux de la préservation de son environnement maritime.

Je fais ensuite un tour rapide sur le pont pour prendre l'air avant d'aller prendre une douche.
A 21 h 45 - je suis dans ma bannette et je rédige quelques notes puis extinction des feux en prévision du 04/ 08...


Mercredi 13 septembre 2006


Il est 03 h 45, Jérémy vient réveiller le 1er tiers. Quelques coups timides sur le bois de la bannette suffisent à me réveiller. Il est déjà l'heure...un semblant de nuit courte. Cherchant à tâtons l'interrupteur, j'allume la veilleuse... quelques secondes pour s'acclimater à la lumière vive de l'ampoule juste à côté du visage... et reprendre ses esprits... je fais coulisser le rideau bleu et sort de mon hermétique cocon...
J'aime bien ces bannettes... elles me font un peu penser à des lits bretons. Cette impression d'être calfeutrée, entre quatre planches (façon de parler...)... bien lovée dans mon sac de couchage, la couverture roulée en guise d'oreiller d'appoint, c'est confortable...


Le
premier quart de nuit est toujours très attendu par les stagiaires novices. La découverte de la vie nocturne du pont a quelque chose d'intriguant, de mystérieux et d'attirant pour le terrien plus habitué à son oreiller à ces heures jugées indécentes.
Les premiers chassés-croisés de stagiaires entre le quart finissant et celui de la relève sont aussi toujours les plus bruyants. Dans l'enthousiasme du premier quart nocturne, chacun voulant faire part de ses impressions et du "temps qu'il fait là-haut", "Comment faut s'habiller ? " et les "Bon quart !" ou "Bonne nuit !" fusent dans la batterie parfois sans ménagement ... Les "Chutttttttt !! y'en a qui dorment !" (tout aussi bruyant d'ailleurs) des stagiaires plus aguerris, ramènent vite le calme dans le faux pont... laissant cette fois place aux pas feutrés des bottes et au froissement des cirés. On apprend vite à bord que le repos d'autrui se respecte et qu'il est des plus précieux.

Les cirés émergent ensuite sur le pont, tâtonnant dans le noir, s'agrippant à tout ce qui se trouve sur leur passage...dérapant bien souvent sur un bout à même le pont, avec une démarche chaloupée dûe au roulis. Pas de Lune cette nuit pour les aider à trouver le lieu de ralliement, il faut se débrouiller par ses propres moyens...
Le matelot gabier Chef de tiers répartit ensuite ses ouailles égarées sur la dunette, et donne la distribution des rôles. Tout ça fait très théâtral, mais les stagiaires prennent leurs tâches vraiment au sérieux se sentant investis de responsabilités nouvelles,... fugitifs acteurs d'une nuit aux antipodes de leur quotidien habituel.

Je commence par une 1ère heure à dispo ! C'est ce qu'on appelle un réveil en douceur. En plus, nous avons droit à une projection vidéo dans le petit roof : un embarquement à bord du Peking en pleine tempête. Je cède au confort des banquettes du petit roof et je profite pour prolonger un peu ma nuit, bercée par la voix du narrateur... Je garde une écoute discrète pour les répliques cultes dont sont friands l'équipage.... Jérémy ne se prive pas de nous faire souvent de brillantes démonstrations.

2ème heure sur la dunette. C'est le Second Capitaine,Jean-Alain, qui est de quart à la timonerie.
A 05 h 20, nous sommes à la hauteur du Cap de Flamanville à tribord, côte Ouest du Cotentin, au pied d'une falaise granitique haute de 70 mètres... Position actuelle : Latitude 49°31.482'N - Longitude 02°05.362'W
Notre vitesse oscille entre 1,6 et 2,2 nœuds. Nous faisons route au 80°.

A 06 h 15, nous avons tout brasser, cargué et lové... une activité nocturne qui nous met en jambes au petit matin. Je vais passer la 3ème heure de quart avec Gladys à la veille sur le gaillard.

07 h 00 - Petit déjeuner.

08 h 00 - 09 h 00 : heure de propreté du navire. Les stagiaires du 1er Tiers ayant suffisamment pris le frais jusqu'à 07 heures, sont priés d'aller se mettre au chaud en compagnie des balais, balais-brosses, éponges et serpillières pour nettoyer les sanitaires et la batterie.
C'est notre lieu de vie, il est en toute logique normal que nous en assurions l'entretien quotidien, et tout le monde se plie de bonne grâce sans rechigner à la tâche.
Nos stagiaires hommes dans ces cas là ne manquent d'ailleurs pas de briller d'excès de zèle, bien contents cependant que leur épouse ne soit pas là... on ne sait jamais des fois qu'il y est ensuite une redistribution des rôles à la maison !

Nos tâches d'entretien terminées, nous prenons le temps de nous installer autour de la table pour discuter un peu jusqu'au briefing matinal du Commandant.

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10 h 00
- Nous sommes tous intallés dans le grand roof pour notre briefing matinal.
Les prévisions du jour laissent sous entendre que la météo nous permettra peut être d'envisager un mouillage
en fin d'après-midi à Alderney... sinon bien évidemment nous subirons le phénomène d'aspiration du fameux Raz Blanchard.

Les questions diverses sont au programme du jour. C'est la meilleure façon de faire participer les stagiaires et de les tenir en éveil... au moins ils sont déjà assurés d'avoir les réponses à leurs interrogations.
De toute façon, avec Michel Péry rares sont ceux qui s'assoupissent en cours de route ... les briefings sont toujours animés et ponctués d'anecdotes... on est d'ailleurs bien souvent déjà installé dans le grand roof un bon quart d'heure avant l'heure... de quoi rendre jaloux le corps enseignant, pour qui le rêve d'avoir une assemblée d'élèves aussi assidus reste du domaine de l'utopie.

Ce matin c'est le fonctionnement du DST (Dispositif de Séparation du Trafic) qui intéresse les stagiaires.
L'exemple du DST d'Ouessant (surveillé par le CROSS Corsen, à partir d'un radar déporté implanté à Ouessant au Stiff) est pris en exemple.
Le cours prends fin à 11 h 00 avec le premier service.

Je rejoins le poste de veille avec Gladys. Nous prenons d'assaut le ratelier des hâles-bas de focs à l'aplomb du beaupré. Bien emmitouflées : bonnet polaire et veste bien capelée... nous bavardons tout en scrutant l'horizon. Rien à signaler, il fait beau, la visibilité est bonne. Nous progressons à 3 nœuds sous voiles... Le bohneur d'être à bord tout simplement...

12 h 00 A table ! : salade composée d'ebly / canard & légumes verts / plateau de fromages / tarte aux pommes.

13 h 00 - Alderney (ou Aurigny dans sa version plus francophone) se découvre sur tribord. Ce caillou jeté à environ 8 milles nautiques des côtes françaises (Cap de la Hague ou du Nez de Jobourg à la pointe occidentale du Cotentin) est la plus septentrionale des îles de l'archipel de la Manche et aussi la plus petite des îles anglo-normandes. Un obstacle de taille repousse cependant la proximité des côtes avec nos voisins Anglo-normands : les redoutables courants du Raz Blanchard.

Malgré le soleil voilé, il fait relativement beau temps néanmoins la température est plutôt fraîche, la veste de quart enfilée sur la polaire n'est pas superflue. Nous progressons à près de 5 nœuds. Je descends chercher l'appareil photo et l'objectif 70-300mm à l'approche des côtes.
Nous longeons l’extrémité Est de l’île, j'attrape le phare de Mannez dans l'objectif. Jeu de cache-cache pour essayer d'avoir l'éclat la lentille. c'est dans la boîte. On s'amuse comme on peut !

Notre position GPS : Latitude 49°42.425'N - Longitude 02°06.368'W

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13 h 30
- Un atelier mâture s'organise sur les enfléchûres bâbord du grand-mât... mais l'envie de monter ne m'éfleure pas. De plus, l
e temps fraîchit et le ciel se couvre rapidement... les premières gouttes viennent s'écraser sur le pont.

15 h 00 - Jérémy se charge de hisser le pavillon de courtoisie Anglo-normand, sur une drisse fixée sur les barres de flèche tribord.
Lorsque l’on se rend à l’étranger, c’est une mesure de courtoisie que de hisser le pavillon du pays visité... évitons de froisser nos voisins d'Outre Manche. Sans compter qu'à certains endroits, l’absence de pavillon peut être prétexte à une amende si les « autorités» ne sont pas dans un bon jour.

Nous carguons toute la toile et rangeons le pont...
Le Belem mouille face à l'immense jetée qui abrite le port. Il faut prêter main forte à l'équipage pour mettre le gros zodiac à l'eau pour assurer le débarquement à terre des stagiaires.


Ségolène a envie de se changer les idées, après deux heures intensives de révisions dans la batterie, quoi de plus normal. Franchement, je l'admire ! Arriver à concilier le Belem avec des révisions... je crois que j'aurai plutôt eu tendance à fermer mes livres pour profiter pleinement du stage.
Gladys, elle, est de moins en moins tentée pour une escale à terre. Il faut dire aussi que la météo ne se prête guère à une escapade touristique, et le confort sec du bord attire plus qu'un paysage complètement détrempé.
Pour ma part, c'est décidé, je ne connais pas Alderney et puisque nous y sommes, j'ai la ferme intention d'y poser les deux pieds quelque soit le climat local. Je m'emploie donc à persuader Gladys de venir avec nous. La promesse d'une tournée de Guiness offerte arrive enfin à la dissuader... je savais bien que je parviendrai à mes fins ! Comme nous sommes du second service, nous laissons la priorité aux stagiaires devant revenir à bord pour 19 h 00.

A plus de 30 mètres au-dessus de nos têtes, Patrice et Fred travaillent sur le mât de misaine. Finalement, la décision de gréer le Petit Cacatois à la place du Petit Perroquet n'a pas attendu Fécamp. La confection d'un gréement de fortune est avancée et ce n'est pas la météo qui s'y opposera.

18 h 15, nous prenons place dans le zodiac - transformé en petite piscine sur le clapot -, veste de quart bien capelée, pantalon ciré et bottes de rigueur. La flotte nous ruisselle dessus copieusement. Jean-Alain et Lionnel assurent les rotations depuis la mise à l'eau de l'embarcation, et malgré la panoplie Guy Cotten, ils n'ont plus l'air très étanches, les pauvres. Il pleut vraiment des cordes ! Arfff ! fait jamais beau chez ces Anglais ! La pluie nous fouette le visage, c'est revigorant. Nous laissons la priorité à un petit ferry qui assure les liaisons côtières avant de débarquer dans un port qui paraît désert... il n'y a vraiment que les Français pour sortir par ce temps là.

Ségolène qui est dejà venue l'année passée sur l'île prend l'initiative de nous conduire au Bourg. Son sens de l'orientation inné nous conduit tout droit dans des champs paumés, en empruntant des chemins boueux et déserts.
Indécision soudaine face à un embranchement qui nous laisse perplexe. La pauvre Ségolène, plus tout à faire sure de son GPS interne, part en éclaireuse sur le chemin de gauche, pendant que Gladys et moi-même dépouillons un buisson chargé de mûres apétissantes... Ne jamais se laisser aller dans de telles circonstances !
Bon finalement, c'est tranché, on prend le chemin de gauche, puis ensuite on tourne à droite pour récupérer une route, de là, on rebrousse chemin pour reprendre sur notre gauche et sortir de la propriété privée où nous sommes rentrées... et ô miracle nous voilà sur la rue centrale du Bourg après moultes tergiversations !

Et là Ségolène nous dit qu'elle aimerait bien retrouver le pub qu'elle connaît... celui qui a une devanture verte ? ou peut être bordeau plutôt ? C'est un peu plus haut ... plus loin...d'après ses souvenirs. Nos regards se croisent avec Gladys... vue l'heure, et la mémoire peu fiable de Ségolène, nous sommes un peu échaudées... le premier pub fera l'affaire un point c'est tout, on a tout juste 10 minutes devant nous avant de retourner au zodiac. Guiness pour ces dames et coca pour moi... ben oui le comble en plus, je n'aime pas la bière ! Allez c'est ma tournée comme je l'ai promis à bord et puis je dois bien ça à Gladys qui au départ n'avait pas vraiment envie de jouer les éponges sous la pluie.

Nous redescendons du bourg au pas de course, toujours sous ce fameux crachin anglais (comprendre sous une pluie battante), cette fois sans prendre les chemins de traverses. La pente est raide, ce qui accélère largement notre allure. Le long du trottoir, un mini torrent nous poursuit, Alderney semble lavée à grande eau et nous sommes balayées jusque sur les quais amenant au port.

En fin de compte, nous n'aurons pas vu grand chose du coin, mais la pluie aidant nous trouvons quand même que l'endroit est plus anglo que normand et pourvu d'un charme certain du siècle passé : des rues pavées bordées de maisons de granit et de nombreux pubs aux façades colorées. Alderney mérite certainement qu'on s'y attarde un peu plus ... si possible avec un brin de soleil.
Nous arrivons sur le ponton d'embarquement avant le zodiac.

20 h 00 - A peine remontées du zodiac, nous mettons les pieds sous la table pour le second service : tartine de fromage fondu & salade / calamars à l'armoricaine & épinards pommes vapeur / plateau de fromages / raisins.

Les rotations reprennent pour descendre à terre après les services… Cette fois, je préfère rester à bord et conserver quelques effets secs vu que le linge commence vraiment à prendre l'humidité… D'ailleurs il pleut dans notre module et nous calons quelques seaux pour récupérer l'eau qui ruisselle du plafond.
Les courageaux volontaires pour retourner à terre se comptent sur les doigts des deux mains tout au plus. Et c'est plutôt une collection de cirés multicolores trempés qui sont alignés bien sagement sur les patères en bas de chaque descente.

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23 h 00 -
Patrice et Fred, sous la pluie battante, sont toujours suspendus en haut de leur mât de misaine à bricoler un gréement de fortune : le barillet du Petit Cacatois étant évidemment trop petit pour remplacer celui du Petit Perroquet rendu inutilisabe.
Le travail et l'archarnement paient, et la pluie remplace l'eau bénite pour baptiser le nouveau Petit Perroquet au doux nom de "Tout Petit Perroquet fixe". Denis confectionne une épissure dans l'urgence pour Patrice, Fred descendu un instant de son mât, vient lui prêter main forte.

Une petite discussion s'improvise devant l'atelier sous le gaillard en compagnie de Gladys, Emma, Jérôme et du Commandant. Les nouvelles consignes ISPS sont abordées. Il s’agit d’un Code International pour la sécurité des navires et des installations portuaires (International Ship and Port Facility Security Code) que tous les navires doivent rigoureusement respecter. Il a été adopté par l'Organisation Maritime International (créée par les Nations Unis pour promouvoir la sécurité maritime) en décembre 2002 après les attentats du 11 septembre aux USA. Il est entré en application le 1er juillet 2004. Tout l'équipage du Belem doit être formé et s'y conformer.

23 h 30 - je descends prendre une douche avant de gagner ma bannette. Une nuit complète de repos sans quart puisque nous sommes au mouillage.


Jeudi 14 septembre 2006



07 h 00 - Petit déjeuner
Le Belem s'est bien comporté pendant la nuit. Evitage normal sous l'effet du vent. Juste un petit roulis pour nous bercer.
Mais apparemment, depuis 04 h 00 du matin nous n'avons plus de lumière dans la partie tribord de la batterie (2 modules + sanitaires femmes) à cause sûrement des infiltrations d'eau.
Je mettais réveillée dans la nuit et je n'avais pas pu allumer ma veilleuse pour contrôler l'heure... je pensais avoir grillé l'ampoule...
Le courant est rétabli à 08 h 00.

08 h 00 - 09 h 00 : heure de propreté. Vues les conditions météo de ces dernières heures, pas besoin de briquer le pont, ni de faire les cuivres extérieurs au Miror. Nous nous contenterons de ceux des roofs et des vitres.
La pluie a enfin cessé, mais le temps reste très couvert.

09 h 00 - Ce matin pour notre plus grand plaisir nous allons habiller le Belem de ses voiles et le laisser partir au portant sans enclencher le moindre moteur. Le Petit Cacatois est gréé à la place du Petit Perroquet et va pouvoir de nouveau être opérationnel, on peut féliciter Patrice et Fred pour leur travail exceptionnel.

10 h 00 - Nous prenons place dans le grand roof pour le briefing matinal du Commandant.

Beaucoup de questions diverses au programme, la curiosité des stagiaires est insatiable. Nous abordons donc les thèmes suivants :
- la fin des grands voiliers
- le lancement de l'Hermione prévu en avril 2009

- les stages de la Fondation Belem
- les manœuvres du jour
- le patrimoine maritime
- l'histoire de la Duchesse Anne maintenant à quai à Dunkerque.

Repas au premier service de 11 h 00 : taboulé / filet mignon & carottes, courgettes, oignons / fondant chocolat crème anglaise....hmmmmmmmm !

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12 h 15 - Petit tour à la timonerie pour voir notre progression sur la carte. Latitude 49°48 .978'W - Longitude 02°08.998'W
Nous faisons route au 30°. Notre vitesse est de 2,7 nœuds et encore nous sommes aidés des courants.
Je vais discuter avec Jérôme devant la cuisine.

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14 h 00 - Jérémy entreprend de rénover la cloche trônant au-dessus de la tortue sur la dunette. Tous les produits décapants du bord sont à l'essai pour trouver le remède miracle : comment lui rendre tout son éclat ? A force d'huile de coude, de shampooinages aussi divers que variés (DEOX, produit vaisselle, pâte de savon, papier à eau...), elle retrouve une première jeunesse toute pimpante.

Les matelots gabiers instructeurs s'emploient à occuper les stagiaires. Un atelier matelotage s'improvise avec Antoine sur le gaillard, pendant que Jean-Didier distribue les harnais pour monter dans la mâture … mais la pluie se remet à tomber finement... de quoi décourager quelques téméraires.

Un semblant d'éclaircie sur le coup de 15 h 00... la pluie s'essouffle pour nous laisser un peu de répit... le soleil reste quand même bien frileux derrière les nuages.

16 h 00 - Nous discutons en petit comité devant les cuisines avec Gladys, Ségolène en compagnie du Commandant. La discussion est axée sur la sécurité à grand renfort d'anecdotes savoureuses.


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.........................................................................Voir la série de photos du Belem vue du zodiac

16 h 30
- Le zodiac est mis à l'eau pour faire des photos. Les rotations s'enchaînent. Je scrute le ciel pour y aller au moment le plus opportun pour les prises de vues.
Lionnel pilote l'embarcation pneumatique en douceur pour protéger notre matériel photo. Le ciel est changeant, passant d'un bleu délavé, au blanc, pour se couvrir de plus en plus et envelopper le trois-mâts d'une teinte ardoise. Manque juste un petit souffle d'Eole pour gonfler un peu les voiles. Notre "petit circuit touristique" se termine sous la poupe du Belem, nous contournons le safran qui dessine l'amorce du sillage, longeons la coque pour venir récupérer l'échelle de coupée. Quelques photos intéressantes sûrement pour compléter ma collection.

18 h 20 - Emma sollicite notre trio (Ségolène, Gladys et moi) pour le service du punch dans le grand roof.
Nous sommes également de service toutes les trois à 19 h 00 pour le premier repas.
Les effets conjugués du punch et la précipitation pour que la batterie soit prête nous mettent en jambes et la chaleur étouffante de la cuisine aidant, nous affichons de belles couleurs sur nos pommettes (le punch doit y être pour 80 %)... Bref je me récolte un "T'es tellement rouge que quand tu souris on dirait un sens interdit !" de la part de Denis... c'est dit d'une façon si spontanée que nous partons tous d'un fou rire incontrolable.

19 h 00 - Au menu : salade de gésiers / poisson en papillote accompagné de petits pois - carottes - choux romanesco / plateau de fromages / fromage blanc au cassis



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.........................................................................Voir la série de photos du coucher de soleil

20 h 30 - "Myriam, vient voir le coucher de soleil sur la dunette ! Prends ton appareil photo !" ... Je sors de la cuisine et je passe la tête au-dessus de la lisse "Ohhhhhhh !" ... Je mets l'assiette que j'étais entrain d'essuyer sur la pile et pose hâtivement mon torchon. "Je m'excuse les filles je reviens termiiiiiineeeer ..."... je ne peux pas laisser passer ce coucher de soleil sans prendre de photos ! Impossible !
C'est une vraie féerie dans le ciel ce soir, nous nous retrouvons enveloppés comme dans un amas de coton rose... le silence se fait religieux sur la dunette, tous tournés vers l'arrière du navire comme hypnotisés. Tous les regards suivent la lente déclinaison du soleil sur l'horizon... La Nature nous fait don d'un de ses fabuleux couchers de soleil d'équinoxe. Rien de comparable avec l'ardent soleil d'été qui transforme l'horizon en flamboyant spectacle. Ce soir tout n'est que douceur. Etrange sensation feutrée, sereine. Pas un mot pas un mouvement ne vient perturber l'instant...

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Je retourne à la cuisine aider Ségolène et Gladys, la vaisselle est pratiquement terminée...

Patrice installe l'écran télé dans le grand roof pour passer le DVD de l'Odyssée aux stagiaires.
Avec Gladys, nous préférons rester à l'extérieur à regarder derrière les vitres. Evidemment le film nous le connaissons par coeur et nous préservons ainsi les stagiaires de nos commentaires.
Il n'y a que lors de la remontée de la cloche du Tamaya sur le pont du Belem suivi de la messe en mer que nous entrons dans le grand roof pour profiter de ce moment d'émotion (mon passage préféré ! j'adore la musique qui lui est associé)...un moment tellement émouvant qu'il vous remue les tripes.

22 h 15 - Nous rejoignons ensuite la dunette laissant la fin du film se dérouler... nous retrouvons Ségolène et d'autres stagiaires. la nuit est bien noire et nous ne nous voyons même pas les uns à côté des autres. J'entends le Commandant demander "Myriam est là ?" Gladys à mes côtés répond "Elle est là à côté de moi". Je me rapproche. "J'ai une proposition à vous faire". On s'écarte un peu en retrait sur le côté de la timonerie.
Michel Péry m'annonce qu'il y a un désistement sur le stage suivant et donc qu'une place est vacante. Aude de la Fondation Belem a prévenu par e-mail et elle propose de voir si je suis intéressée. C'est vrai qu'au départ c'était le second stage que j'avais envisagé de faire mais lors de mon inscription fin mars il était déjà complet et je m'étais rabattue sur le précédent. J'avais néanmoins laissé sous entendre à Aude il y a quelques semaines de me tenir au courant si un désistement de dernière minute intervenait... mais si possible de me prévenir avant d'embarquer à Saint-Malo que je m'organise en conséquence. Bon j'avais pris les devants aussi à mon travail en planifiant au conditionnel une semaine supplémentaire de rtt.
Nous sommes quand même la veille de débarquer à Fécamp... et là franchement pour tout dire je n'y croyais plus du tout.
Autant dire que j'ai pris l'annonce du Commandant comme la venue du Messie !
Un "Alors c'est oui ?" me sort de mon état de béatitude. "Oui oui ! je reste bien sur !" ... "Vous voulez aller répondre à la Fondation ? Ou je leur répond que c'est bon" ..."Heu...oui vous pouvez leur dire que c'est bon". ... Le Commandant revient cinq minutes plus tard me tendant une feuille... "j'espère que ma réponse convient". Bon il fait tout noir alors je descends lire à la lumière du grand roof et je remonte sur la dunette "C'est parfait ! merci !".
Evidemment les stagiaires curieux me demandent "Alors ?" ... "Oh ben en fait, je débarque pas j'enchaîne avec le stage suivant suite à un désistement" ... et là je sens bien que je fais quelques envieux même si tout le monde est content pour moi... heureusement il fait nuit et je j'essaie un peu de dissimuler ma joie. Il n'est pas toujours facile de partager ses émotions surtout lorsque vous avez envie
de crier votre bonheur à la terre entière...

Je passe la fin du quart sur la dunette. Ségolène et Gladys partent vadrouiller sur le pont. Le Commandant vient discuter avec notre petit comité de stagiaires qui s'est formé. Il est bien sur assailli de questions en tout genre sur les stages à bord, sur le rôle civil qu'un commandant peut exercer sur son navire, puis on parle ensuite de la marine marchande... la conversation est comme toujours animée et instructive à souhait. Puis, nous prenons tous congés avec la relève de quart.

Petite douche avant de dormir et à 00 h 30 je me love douillettement dans mon duvet pour écrire mes notes de la journée.
01 h 20 - je ne dors toujours pas, l'excitation sans nul doute... je savoure pleinement l'annonce de la soirée... Je reverrai donc Saint-Malo dans une semaine. Je rempile ! C'est trop génial ! Quelle chance, j'ai une bonne étoile au-dessus de ma tête !
Demain à l'approche du débarquement, je n'aurai pas ce coup de cafard auquel je sacrifie systématiquement quelques précieux instants de stage ...


Vendredi 15 septembre 2006


07 h 00
- Petit déjeuner
Pas de poste de propreté sur le pont pour les quarts de 20/00 et 00/04 en raison de la pluie.
Je vais trouver Jean-Alain dans la timonerie, pour lui annoncer que je serai présente sur le stage suivant afin de me prévoir dans la logistique des services.

09 h 00 - Arfff...je ne peux pas joindre le bureau pour confirmer mon absence la semaine prochaine, nous sommes encore trop loin des côtes, il n'y a pas de réseau. Il faut impérativement que je les joigne avant le week end.

10 h 00 - Nous nous retrouvons dans le grand roof pour notre briefing quotidien.
La météo prévoit que le vent devrait fraîchir encore. "Nous ne faisons que de la voile utile, le beaupré va là où l'on veut aller." Que demande le peuple !
Au programme des questions diverses du jour :
.........- un petit topo sur les divers effluents
.........- le mécanisme de l'osmoseur - celui du bord produit 8 tonnes d'eau douce par jour
.........- les virements de bord (Vent Devant et Lof pour Lof)

11 h 00 - Maître Bouygues donne enfin de la tonalité ! J'appelle le bureau... c'est un peu l'effervescence à Paris..."Alors t'es où ?" ... "Ben toujours à bord ... d'ailleurs vous ne me verrez pas la semaine prochaine..." ..."Ah c'est super pour toi ça ! Nous on croule sous le boulot en ce moment, cette semaine ça a été de la folie..." "Bon, je dois couper là on doit faire une manoeuvre. A lundi 25 ! Donne le bonjour à tout le monde !" "Je ferai passer le message en réunion ! Salut!"...
Heu... le coup de la manoeuvre c'est bien pratique, vous l'aurez compris elle était fictive... Il y a des moments où l'on a pas vraiment envie de se reconnecter avec la réalité du quotidien ... ça peut bien attendre une semaine, pas envie d'entendre parler du bureau.

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11 h 45 - Je me rends sur la dunette pour faire quelques photos...
La pluie a cessé mais le ciel reste bien couvert.
Nous faisons route au 85°, à 3,9 noeuds. Nous avons une belle gîte à tribord.
La mer est agitée à peu agitée. Nous avons un 5 Beaufort.
Deux fous de bassan prennent les courants ascendants au-dessus de nos têtes, nous pouvons suivre un bon moment leur ballet aérien.

12 h 00 - Repas au second service : jambon & macédoine / gigot & champignons / haricots verts / plateau de fromages / crème brûlée à la banane.

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........................................................................ ........... Voir la série de photos


13 h 30 - Percée du soleil - alléluia ! On y croyait plus vraiment. Le Belem semble surfer sur l'eau, Eole cette fois joue avec les voiles et l'étrave s'enfonce provoquant de belles vagues d'écume.

Par contre nous avons un petit dégât des eaux dans les sanitaires femmes... Avec la gîte tribord, nous avions déjà un problème d'évacuation des douches ce matin, mais là ce sont carrément les évacuations des eaux usées de la cuisine qui ressortent dans nos sanitaires. Une eau un peu boueuse et grasse qui transforme le sol en une vraie patinoire. La sortie des toilette vous amène droit dans l'évier ! Je vais prévenir Jérôme. Mais dans l'urgence il faut écoper. Nous nous y mettons à trois stagiaires en se passant les seaux à la chaîne dans la descente. Je termine la chaîne en attrapant les seaux par dessus le surbau et je les jette par dessus bord... Nous les avons comptés, nous en avons facilement évacué plus d'une vingtaine.

14 h 00 - Latitude 49°49.517'N - Longitude 00°06.561'W
Le Belem file cette fois à 9,6 noeuds sous voiles avec l'action conjuguée des moteurs. Nous avons un horaire à respecter pour prendre le pilote l'entrée du port de Fécamp...

17 h 00 - Malgré l'horizon un peu brumeux, nous commençons à apercevoir les falaises de craie blanche, les plus élevées de Normandie.
La pilotine arrive à notre hauteur et nous laisse deux pilotes à bord.
Un vieux gréement, voiles carguées, au moteur vient à notre rencontre, un peu chahuté par la houle... Coque noire, deux mâts... c'est une caïque traditionnelle d'Yport et d'Etretat : la Vierge de Lourdes. Elle nous escorte fermant la marche dans notre sillage.

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Série de photos sur l'arrivée du Belem à Fécamp


L'arrivée sur Fécamp est je dois dire vraiment superbe...
La ville semble lovée entre les falaises, comme pour se protéger des assauts de la mer lorsque celle-ci se déchaîne. Ne connaissant pas du tout ce petit port normand et je suis ravie que le Belem soit le trait d'union qui fasse les présentations.
Une foule s'est amassée sur les digues de bois, sorte de pontons sur pilotis au bout desquels se dressent les deux phares balisant un étroit et court chenal conduisant à l'avant port. Les badauds, nombreux, nous accueillent et acclament le trois-mâts... nous ne nous attendions pas à être si chaleureusement les bienvenus... Le Belem n'est pourtant pas normand ! ... mais les Normands aiment le patrimoine maritime national.

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Idem ci-dessus

Malgré l'entrée exiguë du bassin Bérigny, la manoeuvre est négociée et maîtrisée parfaitement, le Belem s'engouffre dans le port. Les stagiaires tout comme les touristes amassés le long des quais sont admiratifs devant les prouesses réalisées par l'équipage pour amarrer le navire dans ces conditions si peu évidentes. Je profite aussi du moment pour emmagasiner quelques photos supplémentaires. J'adore prendre sur le vif les expressions de l'équipage dans le feu de l'action : le Commandant et le Second Capitaine entre bouts sur fond de falaise... plutôt insolite comme décor... une photo qui me plaît bien !

C'est maintenant l'heure des retrouvailles pour les familles qui récupèrent leur "aventureux stagiaire" ... On lit la fierté mais aussi l'envie dans les regard des proches.
Pour d'autres, le départ est repoussé au lendemain, un petit sursis... la possibilité de passer une dernière nuit à bord leur étant proposée. Plus de la moitié des stagiaires choisissent cette option... une façon en quelque sorte de reculer un peu l'échéance du débarquement.
Tous se l'accordent à dire... la perspective de quitter le Belem se fait à reculons. Dire que je devrais être dans le même état d'esprit qu'eux... mais mon état pour l'heure est plus proche de l'extase.


Samedi 16 et dimanche 17 septembre 2006


Samedi ....


18 h 00 - J'ai rendez-vous avec Daniel de l'Association de la caïque la Vierge de Lourdes.
Croisé un peu plus tôt dans l'après-midi, il m' invite à participer à une manoeuvre dans le port pour venir amarrer la caïque derrière le Belem. Une proposition qui ne se refuse pas. J'accepte bien volontiers, poussée par la curiosité d'en apprendre un peu plus sur ce vieux gréement traditionnel régional.

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................................................................Voir la série de photos sur les vieux gréements de Fécamp

Le langoustier Tante Fine, diminutif de Tante Joséphine, est à quai sur le même ponton que la caïque dans l'avant port.
L'association ISMM /AFDAM de Fécamp en a fait l'acquisition en 1991, il était alors dans un piteux état. Plus de 8.000 heures de travail ont été nécessaires pour le remettre en état. Actuellement, Tante Fine est utilisée pour des projets de réinsertion et de rééducation par la voile tout en faisant la promotion du tourisme fécampois.

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........................................................................................Idem ci-dessus

J'embarque sur la caïque. Daniel me fait faire le tour du propriétaire. Il prend soin de me montrer tous les recoins du bateau jusqu'au logement du moteur. On le met en marche : un bruit répétitif très poussif se fait entendre.
L'intérieur est par contre vraiment très très spartiate et c'est voûtée, que dis-je, pliée en deux que je m'introduis dans le carré... C'est clair, l'intérieur d'une caïque n'est pas un lieu de vie, tout y est très rudimentaire, l'activité se passe sur le pont.


Les trois autres compères de l'Association arrivent . Nous pouvons larguer les amarres. Pour le peu de distance à faire, nous n'employons que le moteur, mais pour faire joli nous établirons la voilure à quai.

Evidemment nous passons à côté du Belem, je ne me suis pas encombrée de mon attirail photo, mais j'ai quand même pris soin de conserver l'appareil compact... Tiens le Commandant et le Second Capitaine en habit d'apparat sur le spardeck nous regardent passer... clic ! dans la boîte !

Bon cette fois les choses sérieuses commencent, je suis embauchée à la manoeuvre pour mettre la toile... bon en même temps sur une caïque il n'y a pas 22 voiles mais 3 ... 77 m2 de toile tout de même.
Pour nous récompenser de nos petits efforts, Daniel propose un apéro sur le pont ... saucisson, gâteaux apéritifs, pastis et wisky sont remontés du carré... "Houlà heu oui bon alors juste une toute pitite larme de pastis noyée dans un grand volume d'eau, steu plait ...hein pas plus !"... non parce que je regarde déjà l'échelle de fer que je dois escalader pour regagner le quai ensuite... les premiers barreaux sont recouverts d'algues vertes gluantes ... manquerait plus que...
je me connais ...


Dimanche...

09 h 30
, une foule compacte commence à se former devant la coupée, prête à prendre d'assaut le pont du navire.
On s'active sur les cuivres ... Armée d'un bidon de Miror et de chiffons, j'aide l'équipage à rendre le bateau présentable pour cette Journée du Patrimoine.. Je suis sur place entre deux stages alors c'est un peu normal que je file un coup de main. Des badauds nous interpellent et nous prennent parfois en photo... "S'il vous plaît !" On lève le nez... "Clic" ... flashés !
Finallement, je m'aperçois que je fais pareil pendant les Tall Ships'Race... j'aime bien vadrouiller sur les quais tôt le matin, pour saisir quelques scènes de vie quotidiennes des navires.

Après une matinée partiellement nuageuse mais heureusement sans averse, le soleil daigne montrer le bout de son nez et élève la température à un degré estival...
Une trève apparente pendant l'heure du déjeuner ... mise à part cela le pont du Belem ne désemplit pas ! Le trois-mâts connaît un véritable succès... Les Normands ont un fier passé maritime et leur amour de la mer et des traditions n'est plus à démontrer.
Le Belem séduit. Le Belem fascine...Le Belem envoûte ! Les gamins redescendent de l'échelle de coupée avec de grands yeux émerveillés : plus tard ils seront Jack Sparrow et poursuivront sur les mers le méchant Capitaine Crochet ! C'est sur !


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..................................................................................Série de photos sur Fécamp

Je profite de cette dernière journée sur Fécamp et surtout de l'éclaircie pour aller vadrouiller un peu sur le front de mer, puis surtout pour visiter le musée des Terres-Neuvas & de la Pêche. Un beau musée qui raconte la grande aventure des marins fécampois qui partaient pour de longs mois pêcher la morue dans les eaux glaciales de Terre-Neuve. Une visite qui s'impose !
Je retrouve quelques visiteurs croisés sur le pont du Belem, quelques sourires, quelques mots échangés à nouveau... le T-shirt Belem est un bon vecteur de communication.
Je tombe aussi sur Daniel de l'Association de la Caïque Vierge de Lourde... décidement le tout Fécamp s'est donné le mot aujourd'hui pour passer du Belem au Musée des Terres-Neuvas.

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Tante Fine manoeuvre pour sortir en mer.

19 h 00 ... la journée du patrimoine s'achève... le pont du Belem commence à se désemplir... Plus de 2 000 visiteurs seront montés à bord aujourd'hui.


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Nous partons ensuite avec Emma, Jérémy et Denis prendre un pot en terrasse.
Nous croisons les futurs stagiaires, disons que tout individu aux abords du port, lourdement chargé de bagages est systématiquement assimilé à un stagiaire. Difficile de se tromper dans les pronostics ! Je reconnais là Marjolaine et Sylvie avec lesquelles j'ai déjà navigué en 2004.
Jérémy se fait passer pour un stagiaire et nous assène de questions, quel comédien celui-là !
Nous repassons au bateau, pour récupérer une autre partie de l'équipage ... dernière soirée à Fécamp, nous nous faisons une dernière crêperie avant le départ.

Lorsque nous retournons au Belem, ... tout habillé de lumière sous les feux des projecteurs, ... les stagiaires ont embarqué.
Certains arpentent le pont dans un silence religieux essayant vainement de réaliser que leur rêve d'embarquer est maintenant bien réel.
...

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Suite sur le récit du stage 25 / Fécamp - Saint Malo (18 - 21 septembre)

 
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A bord du Belem .... L'Equipage .... Les Stagiaires .... Les escales .... Les vieux gréements.
 
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