Réveil à
23 h 45 pour la prise de quart. 00 h 00 sur le pont.
Jérémy se charge de la répartition des stagiaires.
Je passe la première heure sur la dunette.
La mer est belle à peu agitée - un petit 3 Beaufort sympathique,
rien de bien méchant et des vents de SSW.
Au-dessus de nos têtes miroite un véritable océan
de diamants : l'éclat scintillant d'une myriade d'étoiles
dans une nuit très pure. Il n'y a qu'au beau milieu de la mer
que l'on peut profiter d'un tel spectacle... Profitons ! Profitons !
Le Lieutenant Jean est très occupé à retrouver
la "Perle" (ou Alphecca). Une constellation de plusieurs étoiles
en forme de diadème ou d'un demi-cercle suivant comme on l'observe.
On l'appelle la "Couronne Boréale" dont la Perle en
est le joyau.
Il est cependant difficile de maintenir son équilibre longtemps
en scrutant le ciel juste au-dessus, d'une part parce que les oscillations
du navire dues au roulis vous font tanguer sur le pont, d'autre part
parce que le ballet des étoiles vous donne une sensation de vertige.
A éviter donc l'angle d'observation à 90°, lui préférer
le 45°... la lecture du ciel n'en est que plus confortable et votre
équilibre moins précaire.
Je seconde Régis à la barre pendant l'heure, en récupérant
discrètement ses petits écarts de temps à autre
par des pressions sur les manetons que j'attrape au vol derrière
mon dos. Notre binôme fonctionne à merveille. Le cap se
maintient au 245°.
Jean et Jérémy ne viennent même plus jeter un oeil
sur le compas de route... de toute façon les instruments à
bord de la timonerie ne manqueraient pas de trahir nos écarts
et nous serions vite rappelés à l'ordre et Jérémy
immanquablement nous prierait de faire "Cap
sur le mât de misaine" comme il se plaît
à dire aux apprentis hommes de barre.
2ème heure
au poste de veille sur le gaillard. Les stagiaires et récidivistes
discutent "stages" et "souvenirs de stages"... des
conversations qui meublent le silence de la nuit. Petit tour à
l'aplomb du beaupré, mise en pratique de la leçon de la
veille : ne pas rester inactive. Pile ça tombe bien ! Un feu
dans l'axe du beaupré que cachait le Grand Foc cargué.
Je m'en vais le signaler à Jean à la timonerie. Le navire
n'apparaît pas encore sur le radar dans les 5 milles. Vérification
sur le système AIS ... il y a bien un navire et même un
beau ! un porte-containers de 290 mètres.
Sur bâbord, on distingue maintenant très nettement un halo
lumineux : ce sont les lumières de la ville de Cherbourg.
La dernière
heure de quart c'est donc la "dispo"
Je vais squatter
un banc dans le grand roof pour dormir un peu
Les boiseries sont
un peu dures et on a vite les côtes en long mais faute de mieux
on s'en accommode fort bien. La fatigue aidant on dort en fait là
où on se pose.
Je l'ai déjà testé sur le Lisbonne / Nantes et
ma foi j'avais dormi comme un bébé.
La largueur ne dépasse guère ½ bannette
il
suffit de bien se caler
de repérer la gîte du bateau
sinon vous risquer d'embrasser le sol
et après : surtout
ne plus bouger !
Je dors d'ailleurs
tellement bien que c'est Jean-Didier qui vient me réveiller à
04 h 10 ! "Ben Myriam t'es là ?!"
S'il n'était pas venu je crois qu'à 07 h 00 on m'aurait
retrouvé sur mon banc ! Je descends au radar retrouver le matelas
plus moelleux de ma bannette sans me faire prier.
07 h 10 -
Douche bien chaude et petit déjeuner frugal avant de monter voir
le lever de soleil sur la dunette.
08 h 00 - 09
h 00 : C'est l'heure où les petits bidons rouges de Miror
fleurissent sur le pont et où les cuivres ne demandent qu'à
reluire sous le soleil.
Florian fait le
point de 09 h 00 - relève de barre au 240° - vitesse
1 noeud en route de surface
Un vent de force 4 à l'anémomètre.
Beau temps, bonne visibilité - mer peu agitée - 1012 hp
Position Latitude 49°58.303'N - Longitude 01°31.343'W
............................................................................
09 h 30 -
Nous avons notre briefing matinal dans le grand roof.
Petit point météo et prévisions de notre route
pour les prochaines heures à venir. Les vents de Sud sont enfin
arrivés. Nous mettons le cap sur le Raz Blanchard et nous ferons
un mouillage à Alderney en fin d'après-midi.
Des stagiaires curieux demande à en savoir plus sur l'utilisation
du sextant.
Nous passons ensuite en revue des différents "textiles"
du bord. Les questions ouvertes permettent vraiment de rentrer dans
le détail sur des sujets aussi divers que variés...
Le Commandant se
lance dans des explications très instructives : La
voile est faite de laizes qui sont cousues entre elles. Autour de la
voile vous avez une rallingue. ça ça coûte très
cher parce que cela fait des heures de main d'oeuvre. C'est ce que l'on
appelle une rallingue classique. On
a aussi des voiles qui sont rallinguées sous la gaine.
Rallinguer sous la gaine c'est replier juste
la voile en ourlet à condition de choisir un cordage qui ne rendra
pas. Il faut un cordage d'une qualité particulière, qui
a été pré-étiré sinon votre voile
va ressembler à un sac.
Les voiles en dacron sont les plus blanches et les plus difficiles à
prendre (préansibles). Celles en duradon ont une apparence un
peu plus proche du lin / coton, elles sont plus proches de ce qui se
faisait à l'époque.
Ce que l'on appelle les voiles majeures ce sont les huniers : les huniers
fixes et les volants. Ce sont les premières voiles que l'on établit
et les dernières que l'on va carguer. Ce sont des voiles de mauvais
temps. Sur les huniers fixes, les écoutes sont en chaînes,
en fils d'acier. Un fixe, vous lui mettez 60 noeuds de vent normalement
il ne doit pas bouger, quand on navigue seulement avec les vergues.
Ensuite
le grammage. Donc là
on est à 450 g / m2 de duradon pour les huniers. Les cacatois
en duradon c'est plutôt 280 voire 250 g / m2.
En terme de longévité, elles ne sont pas toutes identiques.
Pour la longévité de point de vue budgétaire, on
prévoit 5 ans. Au prix des réparations par le bord voire
de réparations chez le voilier pour reprendre les coutures...
on arrive à les faire durer.
Et là Michel Pery fait une brève pause... puis arbore
un large sourire qui laisse présager l'imminence d'une anecdote
succulente ... il prend son temps, s'accoude sur le comptoir...toute
son assemblée est silencieuse et captive... impatiente ... On
a un grand fixe, il y a quelques années qui a fait 10 ans ! ...
On voyait le soleil à travers.... On a jamais réussi à
l'exploser !... J'ai essayé hein !... Je voulais voir comment
ça faisait... j'ai jamais réussi à l'exploser...
Je lui ai mis 60 noeuds dans la tête... il a pas bougé
ce couillon là !
Vous comprenez maintenant pourquoi on ferait des heures sup sans compter
pendant les briefings...
11 h 00 - 11
h 25, à la fin du cours, je vais trouver le Commandant dans
l'espoir d'élucider une question qui me tarabuste depuis un petit
moment. "Dites, Commandant, d'où
vient le mot "choucane" exactement ? Est-il propre au Belem
? J'ai beau avoir chercher dans tous les dictionnaires maritimes je
ne l'ai jamais trouvé...". Il
semble étonné lui aussi que le mot ne soit pas répertorié
dans les "bibles" maritimes et m'invite à le suivre
dans son bureau. Tous les ouvrages lexicaux de la bibliothèque
sont de sortie et viennent s'empiler sur la table. Nous nous installons
pour les feuilleter méticuleusement en quête de notre graal
... mais le mot "choucane"
reste vainement introuvable. Les ouvrages datent pourtant de toutes
les époques et sont parmi les meilleures références
qui soient...
Quand enfin, en parcourant toutes les pages d'un livre richement fourni
de planches illustrées, je tombe sur un dessin expliquant la
méthode de confection de notre sujet de recherche, la légende
explicative nous renvoie à un vocabulaire beaucoup moins "poétique".
Notre "choucane" est en
fait décrite et appelée "emboudinage
de racage".
Le mystère reste donc entier sur l'étymologie... affaire
à suivre...
Je m'aperçois
que j'ai raté l'appel du premier service d'une bonne demi heure.
Rien de bien grave, mais je vais quand même trouver Emma pour
le lui signaler et ne pas mettre trop de pagaille dans l'organisation
parfaite des cuisines.
Le privilège et le plaisir de consulter les ouvrages de la bibliothèque
du bord en compagnie du Commandant, ont largement eu raison des petits
plats excellent cuisinés à bord.
Je profite de la demi heure restante avant le second service, pour aller
flâner sur la dunette.
Nous sommes à 16,5 milles du Cap de la Hague. Le trafic est faible,
quelques gros porte-conteneurs croisent au large. Nous faisons route
au 225. Les vents de SSE de 3 à 4 Beaufort nous portent sur une
mer peu agitée.
Cette fois c'est
la cloche du second service. Nous avons ce midi de la terrine de poissons
/ côte de porc et pâtes / plateau de fromages et tarte aux
pommes.
Je prends ensuite
une petite douche. L'opération s'avère peu académique
avec la gîte tribord du navire. On applique à la lettre
le dicton : "Une main pour le navire,
une main pour soi !" en se gardant bien de ne pas trop
lâcher la main courante. J'ai vite fait de transformer ma cabine
en mini piscine avec une retenue d'eau savonneuse en dehors du bac de
la douche. Surtout ne pas faire tomber les vêtements accrochés
à la patère ! Exercice tout aussi périlleux pour
s'habiller en manquant une fois sur deux d'embrasser la porte de la
cabine, tout en gardant bien entendu les pieds dans l'eau... ce serait
beaucoup plus simple sinon ! Je m'emploie ensuite à écoper
avec le balai-raclette pour vider ma piscine. Tout devient plus physique
lorsque le bateau présente une inclinaison, l'exercice de la
douche et du service de table arrivant sur le haut du podium pour les
activités les plus sportives... mais aussi et surtout les plus
comiques !
Nous carguons la
Brigantine sur le coup des 13 h 30.
......................
...
....
..
15 h 30 -
Petite leçon de virement de bord sous l'égide du Commandant...
Répartis en deux groupes nous pouvons tout à loisir étudier
les manoeuvres en observateurs à tour de rôle depuis la
dunette.
Notre virement Vent Devant par un 5 Beaufort ne s'effectue pas dans
les délais imposés par Eole et nous manquons à
virer. Du coup nous enchaînons dans la foulée par un virement
Lof pour Lof.
A 16 h 00, nous sommes à 11 nautiques de la point nord
d'Alderney, route au 340 - Le phare de Mannez nous observe à l'extrémité
Est de l'île. Les moteurs sont lancés à 16 h 30, après
que nous ayons cargué toutes les voiles carrées.
Florian, notre Lieutenant
Boutique prépare le grand roof pour une vente d'articles
aux couleurs du Belem. Un moment toujours très prisé des
stagiaires en quête de garder un petit souvenir de leur passage
à bord. Généralement le comptoir ne désemplit
pas pendant près de deux bonnes heures.
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...
...
...
..................................................................................Série
de photos dans la mâture
17 h 00 -
L'équipage monte dans la mâture pour ferler et rabanter
les voiles.
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...
...
18 h 10 - Nous faisons notre mouillage devant la grande digue d'Alderney.
Le trois mâts Salomon croisé la semaine dernière
est toujours là.
Je suis "consignée" au service du punch dans le grand
roof. J'embauche deux stagiaires récidivistes avec moi pour m'aider.
Avec la fréquence de stages annuelle et les conditions météorologiques
quelques fois musclées, je pense que je pourrais éventuellement
me recycler barmaid !
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Le punch est servi
dans le grand roof mais pris "en terrasse"... Le soleil de
fin d'après-midi inonde le pont tribord, ce serait dommage de
ne pas en profiter. Jérémy a sorti son accordéon
pour l'occasion et Jean l'accompagne sur des chants de marins, bien
vite secondé par quelques stagiaires.
Le repas de 19 h
00 nous rappelle que nous sommes, avec Odile et Marjorie, de service.
Musique et chants continuent de rythmer chaque remontée de plats...
L'ambiance est joyeuse et animée sur le pont comme en batterie.
Ce soir, nous avons au menu : plateau de charcuterie / lasagnes / plateau
de fromages et corbeille de fruits.
Le zodiac est mis
à l'eau pour une escale à terre. Mais très vite
la houle devient plus fougueuse et frappe la coque du bateau rendant
la descente dans l'embarcation assez périlleuse. Elle rebondit
comme un ballon sur les vagues et redescend brusquement dans des creux
d'au moins deux mètres. Les rotations de ce fait sont beaucoup
moins rapides et le nombre de personnes embarquées se voit plus
restreint à chaque fois. La descente de l'échelle de coupée
et la réception dans le zodiac requière de véritables
prouesses d'équilibristes. Résultat des courses, il faut
compter environ trois bon quarts d'heure pour un seul aller-retour !
Je me résigne sans regret à rester au sec à bord
et je m'épargne ainsi quelques bleus ... au bout du compte peu
de stagiaires ont pu débarquer, tout au plus une douzaine, équipage
compris.
A 23 h 30,
nous rejoignons le spardeck pour hisser le zodiac à bord. Toutes
les bonnes volontés sont les bienvenues pour remonter la lourde
embarcation. Nous nous divisons en deux équipes pour empoigner
les bouts et d'un même élan sous les consignes des gabiers
nous hissons petit à petit le zodiac sur le pont. L'équipe
arrière redouble d'efforts à cause du poids du moteur.
Il faut ensuite poser délicatement l'embarcation sur ses cales.
Comme prévu,
nous allons quitter notre mouillage aux moteurs à 00 h 00.
Nous ne sommes maintenant plus qu'une petite poignée de stagiaires
sur le pont. Penchés au-dessus du bastingage sur le gaillard,
nous surveillons la lente remontée des maillons. Patrice est
aux commandes du guindeau. La chaîne est engloutit dans l'écubier.
Nous attendons patiemment que l'ancre soit haute et claire.
Il est ensuite temps de gagner les bannettes. Les quarts sont facultatifs
cette nuit en raison de la mise au moteur... et de toute façon
je ne suis pas de 00 / 04.